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Fernand Castex (1904 - 1972 )

Biographie signée Clair Morizet et Alain Glayroux

 

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Fernand Jean Castex est né le 16 novembre 1904, boulevard de la République à Agen, il décède le 28 mai 1972 à Clairac. Il est le fils de Louis Castex et de Gabrielle Malgrat, originaire de Saint-Antoine-de-Ficalba (47) ; le père étant absent, c’est la sage-femme qui déclare en mairie la naissance de l’enfant.

 

Louis Castex est grossiste, et possède un magasin de fournitures pour les boulangeries-pâtisseries. Il fabrique tout le matériel : vis sans fin en bois, tamis, etc. pour les moulins à blé. Il fait aussi l’entretien de ceux-ci et il détient le marché d’une partie de l’Aquitaine.

 

Fernand Castex fait ses études à Agen avec le futur historien Jean Caubet (1905-1999). Sa scolarité se termine à l’École pratique (aujourd’hui lycée technique), où il apprend le métier d’électricien.

 

Fernand Castex fait son service militaire au Maroc pendant la guerre du Rif (1925-1926). À son retour, c’est tout naturellement qu’il s’installe avec son père.

 

Plus tard, à Clairac, à l’occasion d’un repas chez une amie commune aux deux familles, il rencontre Charlotte Cazenille, fille d’un quincailler de la place Serres. Beaucoup de points communs et en particulier la musique, les rapprochent. Ils se marient le 3 septembre 1927.

 

Le couple aménage d’abord à Agen puis, quelques années plus tard, s’installe à Clairac.

 

Quand la guerre arrive, il est envoyé dans le Service de santé en Alsace. À la débâcle, il retourne à Clairac, et s’engage dans la Résistance aux côtés notamment de Franck Bize, Maurice Pons et de Jacques Faget.

 

Fernand Castex prépare et obtient son diplôme de radioélectricien. Il ouvre un magasin à Clairac, place Viçose, puis rue Jean-Jaurès. Enfin, à partir des années 50, il se consacre entièrement à la peinture.

 

Cet autodidacte se consacre depuis sa plus tendre enfance au fusain, à l’aquarelle, au dessin, à la peinture à l’huile, à la gouache. C’est à travers les livres qu’il peaufine sa technique. Il illustre plusieurs ouvrages de Jean Caubet, son ancien camarade d’école. Une grande amitié les lie toute leur vie.

 

Sa fille Janine Castex-Lacombe, nous dévoile un homme charmant, aimable, rêveur, et très solitaire, surtout quand il peignait.

 

Les monuments les plus fameux de Clairac font l’objet de toute son attention (Font-Grand, rue Esclopière, tour de l’Abbaye, ancien musée…), sans qu’il n’oublie des points de vue moins connus comme la rue des Sources, la tour de Pilate, la rue du Pressoir ou l’ancien pigeonnier de Longueville. Grâce à son talent, le Clairac des années 1960 reste en vie ; une vie qui apparaît souvent dans ses gravures ou peintures à travers de fines silhouettes qui traversent une rue à l’arrière-plan, ou qui s’abritent à l’ombre d’une maison à colombages. Si la plupart de ses œuvres ont Clairac pour sujet, il représente aussi nombre de sites pittoresques du département, notamment dans le recueil « Le Lot-et-Garonne à la plume ». Souvent, nous connaissons plusieurs versions de telle ou telle de ses œuvres : un dessin, une gravure, une gravure en couleurs, une illustration dans un livre. Visiblement il n’attache pas d’attention particulière à la notion d’œuvre unique ; il a la modestie de ne pas se prendre pour un « grand artiste ».

 

Il laisse une œuvre de plusieurs centaines de tableaux, ainsi que des dessins, des gravures, des esquisses qui remplissent les nombreux carnets gardés précieusement par sa fille, ou encore des galets peints. Une série de ses dessins de Clairac fut même utilisée pour décorer un service d’assiettes en faïence, aujourd’hui très recherché.

 

Le Clairacais Alexandre de Lalobbe (1848 - 1919)

Biographie et photos : Clair Morizet, président des "Amis de Clairac"

 

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C’est en septembre 1909 qu’Alexandre Canelle de Lalobbe s’installe à Clairac où il vient d’acheter le château du Sinange. Situé sur la route d’Aiguillon, ce domaine avait été notamment la propriété de deux anciennes familles clairacaises : les Sageran de Lagrange, puis les Belloc. Ancien officier reconverti dans le Trésor public – il deviendra rapidement trésorier payeur général – à la suite des blessures subies lors de la guerre de 1870 et qui finirent par lui faire perdre l’usage de son bras gauche, Alexandre de Lalobbe achève là une itinérance qui l’avait mené de Versailles (où il naquit le 11 juin 1848) à Constantinople où son père dirigeait la mission militaire française auprès de la Sublime Porte, puis au fil de ses affectations militaires ou civiles en Algérie, à Vouziers, Saint-Symphorien, Mauriac, Aubusson, Montbéliard, La Flèche, Belfort.

 

Retraité en juillet 1909, il s’installe avec plaisir deux mois plus tard dans le pays de son épouse, une terre qu’il avait adopté dès son mariage en décembre 1877. Née à Nicole, Gabrielle de Brienne était d’ascendance clairacaise et, parmi ses ancêtres, on retrouve plusieurs noms qui firent l’histoire de Clairac : Lartigue, Salomon, David, Brocas… tous ces patronymes qui sentaient la Réforme, jusqu’au retour vers le catholicisme au milieu du XVIIIe siècle. Il l’avait rencontrée dans les Pyrénées, lorsqu’il allait prendre les eaux à Cauterets et Barèges. En s’installant à Clairac où il vivra jusqu’à sa mort le 4 janvier 1919, Alexandre demande à son ami qui l’avait aidé à trouver ce bien, Marcel Durand (entrepreneur à Clairac) de transformer aussitôt une pièce inoccupée du Sinange en atelier, pour se livrer à la passion qui est la sienne depuis son enfance : la peinture.

 

C’est auprès du peintre Adolphe-Félix Cals (1810-1880) qu’il avait appris à maîtriser des talents qui lui étaient naturels. Peintre de la nature qui participa plusieurs années aux expositions impressionnistes à la demande de Monet, Cals avait épousé une cousine éloignée d’Alexandre ; c’est ainsi que la relation se noua aussi familialement qu’artistiquement, en particulier à Versailles où vivait Cals, et où Alexandre étudiait à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Mais étrangement, dans les références qu’il donne plus tard aux organisateurs du Salon des artistes français quand il y participe, Alexandre se dit le plus souvent élève d’Alexandre Rapin (1839-1889) et de Maurice Lelièvre (1848-1897) qu’il orthographie Le Liepvre.

 

De ses débuts de peintre, on connaît aujourd’hui quelques carnets de croquis, et des toiles isolées, notamment en Afrique du Nord. C’est véritablement à partir de 1880 que sa production devient plus importante, après qu’il ait quitté l’armée pour rejoindre le corps des finances et qu’il dispose d’un peu plus de temps, et surtout de la possibilité d’avoir en permanence avec lui son matériel de peintre. On suit ses déplacements à travers la France dans son œuvre, car il favorise toujours la représentation des paysages, fidèle en cela au travail impressionniste de Cals. Ceux-ci représentent près des quatre cinquièmes de son œuvre, le reste étant constitué de marines ou de natures mortes. Presque pas de portraits – si ce n’est des silhouettes familières qui apparaissent dans ses paysages ou à l’ombre d’un arbre –, et nulle peinture historique ou religieuse, même s’il est féru de l’histoire de son pays et des idées de son temps.

 

Jusqu’à son installation à Clairac, il peint « sur le motif » mais également, comme certains de ses contemporains, à partir de photographies de paysages qu’il réalise lui-même et dont il effectue de grands tirages, souvent de 40 par 50 centimètres. Dès ses premiers séjours à Nicole, il peint la campagne environnante : ainsi Le tournant du Lot : ce grand format (85 x 125 cm) représente la vallée vers l’amont – on aperçoit au loin la silhouette de Clairac et de son singulier clocher –, vue depuis Gachot, au flanc du Pech de Bère, vers le vallon de Lascombes. Il s’agit de l’une de ses toiles dans lesquelles le sentiment de la nature s’allie à une composition parfaitement maîtrisée par un homme de 36 ans. Sur la droite, les silhouettes élancées des arbres emplissent près de la moitié de la toile sans toutefois l’encombrer inutilement ; à gauche, les plans se succèdent rapidement : un chemin barre le premier plan, où les herbes sauvages et les coquelicots font un tapis frémissant, au deuxième plan, les cimes des arbres descendent en cascade vers le Lot, dont la boucle bleue conduit l’œil vers Clairac et la ligne de coteaux de l’arrière-plan. Toute la chaleur de la riche vallée s’exprime à travers de légères touches colorées qui recomposent la verte diversité des herbes, des arbres et des arbustes.

 

Comment ne pas penser à cette phrase, extraite d’une lettre en 1915 : « ce beau département, d’une si merveilleuse fertilité » ? C’est ce tableau qu’il expose en 1885 pour sa première participation au Salon des artistes français, sous le titre Le Lot, à Nicole ; si le visiteur parisien n’était pas surpris de l’incohérence topographique du titre de cette toile qu’il avait peinte pendant un séjour chez ses beaux-parents, à Nicole. Elle est d’ailleurs mentionnée dans un article du critique Élie Frébault paru dans L’Europe artiste du 17 mai 1885. On en connaît une seconde version, de dimensions supérieures, qui appartint à son cousin par alliance, Henri d’Auber de Peyrelongue.

 

Alexandre de Lalobbe exposa au Salon des artistes français presque tous les ans de 1881 à 1906, dont il devient sociétaire en 1896 ; il exposa également dans d’autres salons, comme celui de Versailles en 1889. Le lecteur attentif pourra avoir du mal à retrouver Alexandre dans les catalogues du Salon à partir 1900 : en effet, de 1900 à 1906, il exposera sous le pseudonyme de Jean de Provisy… Pour quelle raison ? le mystère reste entier, si ce n’est qu’il avait récemment perdu un jeune fils prénommé Jean ; peut-être parce qu’en cette année 1900 il accède au titre de « trésorier payeur-général » ? Dans les Ardennes, dont sa famille est originaire, les villages de Lalobbe et de Provisy ne sont éloignés que de quelques kilomètres ; ces deux toponymes nomment deux branches de la même famille : les Canelle de Lalobbe et les Canelle de Provisy ; l’épouse de Cals, sa cousine dont il est question plus haut, se nommait Ermance de Provisy, elle-même élève du peintre Léon Cogniet.

 

À partir de 1909, sa retraite prise et disposant d’une maison et d’un atelier pérenne, Alexandre voit sa carrière prendre un tournant nouveau. Oubliées les années de garnison et celles où la carrière civile l’obligeait à de fréquents déménagements auxquels veille son épouse, afin que leurs deux enfants, Marcelle et André bénéficient toujours d’un foyer agréable ; oubliés les toiles et les pinceaux qu’il faut sortir un jour et ranger le lendemain… Désormais il a en permanence son matériel sous la main, un bel atelier dans lequel il n’hésite pas à se laisser photographier. Il reste fidèle à ses fournisseurs de toiles et de couleurs, en les commandant à Paris, chez Bourgeois aîné (descendant du fournisseur du peintre Chardin, dont l’entreprise devint plus tard Lefranc & Bourgeois) pour les châssis, ou chez Tasset & Lhôte (31 rue Fontaine) pour les toiles. C’est aussi à ce dernier qu’Alexandre commande parfois ses cadres quand il souhaitait qu’ils soient plus sophistiqués que ceux qu’il faisait fabriquer, toujours sur le même modèle : un large méplat en bois sombre ciré, avec un simple biseau doré pour valoriser la toile.

 

À pied, ou sans doute dans une carriole tirée par un cheval placide, Alexandre de Lalobbe n’hésite pas à se déplacer dans Clairac et aux alentours, pour rendre compte des rues pittoresques d’un village qui a encore des allures rurales et médiévales et restituer les séduisantes lumières et couleurs de la vallée du Lot. Pendant une dizaine d’années, il peignit des toiles dans lesquelles s’exprime une palette plus libre et plus colorée que celle qui était la sienne sur les bords de la Loire, dans le Doubs ou la Creuse ; rosiers, roses trémières, coteaux sous le soleil et bords du Lot succèdent aux maisons sous la neige, bords de la Loire, études de neige et autres soirs dorés. Il représente tout autant sa propriété du Sinange, son allée et le vallon de la Calmette, que les maisons de la place du Temple, la place de l’Église, la rue des Fossés, la place de la Roque, la place Viçose ou la route de Tonneins. Et comme ses contemporains, il cède au pittoresque en proposant sa vision de la rue Esclopière et ses escaliers que l’on retrouve à la même époque sous le pinceau de Charles Laffitte, de Guillaume Alaux, de Marguerite Sagrini ou plus tard sous celui d’Henri Maurousel ou de Raymond Castex. Au cours de ses promenades, il se mêle avec plaisir aux clairacais même si, au fil de ses lettres à Marcel Durand, il confesse ne pas comprendre leur patois, lui l’homme du Nord ! Mais c’est aussi à son ami qu’il proclame fièrement : « Je soutiens qu’aristocratie ne signifie en rien une question de naissance, ce serait trop bête, mais bien la réunion des meilleurs dans toutes les classes de la société. Réfléchissez à cela, mon cher Marcel, et vous verrez que le père Lalobbe a raison ».

 

Quand il s’éloigne de Clairac, Alexandre ne va pas très loin ; il monte probablement à Laparade, pour y peindre –selon une tradition familiale – le cimetière ; en effet, parmi ses thèmes de prédilection, les majestueux cyprès dont les sombres ramures stimulent son goût de la couleur.

 

Pour Alexandre de Lalobbe, il ne s’agit ni d’une carrière – il en a déjà eu deux, l’une militaire, l’autre civile – ni de réussite – dans son milieu, celle-ci ne saurait résulter d’une « occupation » comme la peinture – ni même d’un passe-temps. C’est une véritable passion, profondément enracinée ; Eugène Canelle de Lalobbe, son père, était lui-même un dessinateur émérite, et c’est sans doute auprès de lui qu’il faut trouver l’origine de son talent. Son père était également un amateur d’art, comme il l’exprimait en 1863 dans le choix d’une copie de L’Immaculée Conception de Murillo pour surmonter l’autel de la chapelle qu’il fait construire à Constantinople pour le cimetière de Pancaldi où il a rassemblé les dépouilles des 26 000 militaires français morts durant la guerre de Crimée. Dès qu’Alexandre revient de Turquie en France en 1867, il se rapproche de Cals, et commence très vite à dessiner. Plus tard, jeune militaire en Afrique, il trouve le temps de peindre. Rendu à la vie civile, il ne cesse de peindre. Fusains et papiers, huile, pinceaux et toiles lui permettent d’exprimer le sens de la nature qui est le sien et qui s’exprime aussi dans une autre de ses passions : la photographie. Sa famille en conserve encore certaines, dont champs et forêts, vallons et ruisseaux, chiens et chevaux, bœufs et paysans sont les motifs, beaucoup plus que sa propre famille ! Et il réalise lui-même ses tirages dont il ne laisse pas le soin à un tiers.

 

Alexandre de Lalobbe garda la plupart de ses toiles, qu’il pouvait avoir plaisir à donner à ceux de ses amis qu’il estime le plus : Marcel Durand, entrepreneur clairacais qui avait construit une partie de la cimenterie de Nicole dont il avait fait la connaissance quand il venait chez ses beaux-parents ; Ferdinand de Beausobre, le « brillant causeur » qui habitait impasse du clocher ; ou encore Henry de Peyrelongue, le cousin de son épouse Gabrielle. Autre caractéristique, il signe assez rarement ses peintures.

 

Parmi ses dernières toiles datées, deux ont été peintes, respectivement le 30 décembre 1917 et le 5 janvier 1918. Visions d’hiver, avec l’allée du Sinange et la ferme de Coutant sous la neige. L’homme n’a que 70 ans, mais il est sans doute usé par ses vieilles blessures de Froeschwiller (la fameuse bataille de Reischoffen), et il est bouleversé par la guerre qui dure depuis 4 ans, face à laquelle il se sent impuissant et qui le prive de son fils André, et de son gendre, Gabriel Tramond. En octobre 1914, il écrivait à son ami Durand : « Ici, moi je me ronge d’angoisses, non pas égoïstes, mais patriotiques, comme un vieux soldat à peu près invalide. Je ne peux pas rester en place, je passe mon temps à aller et venir du Sinange à Clairac, à l’affût d’une dépêche rassurante. Je vais m’échouer chez vous et je ronge mon frein en causant avec votre femme ». Depuis l’automne 1914, il devient sédentaire car ses chevaux ont été réquisitionnés, ce dont il se plaint dans un autre courrier. Quand il peint le coteau de Seilhade, le 11 novembre 1918, il ajoute à la date le simple mot « armistice » et l’on imagine tout le bonheur qui dut être le sien en traçant ces quelques lettres. Il meurt au Sinange deux mois plus tard, le 4 janvier 1919.

 

Le visiteur du Musée numérique de l'Histoire de Tonneins sera curieux d’apprendre qu’il fut enterré à Fauillet, dans la chapelle de la famille de son épouse qui comptait des ancêtres originaires de Tonneins et Fauillet : les Massac et les Judicis.

 

Depuis bientôt un siècle, ses enfants puis petits-enfants et arrière-petits-enfants gardèrent un amour égal pour les œuvres de cet homme : au-delà de la nostalgie d’y retrouver ce qui faisait le cadre de leurs vacances entre les murs du Sinange, c’est probablement le plaisir d’y lire la pensée d’un homme qui savait rendre aussi simplement la nature avec ses pigments à l’huile, ses pinceaux et ses toiles.

 

 

Cette présentation d’une partie de l’œuvre peint d’Alexandre de Lalobbe n’aurait pu être rédigée sans le travail de récolement, d’identification, de classement, effectué par Françoise Tramond- Hallot, qui passa de très longs mois à courir la France pour dresser le catalogue raisonné des peintures et dessins de son arrière-grand-père, aidée de l’appareil photo de son époux, d’un mètre, et aussi de la patience dudit époux… Les recherches de Laurent Morizet à la bibliothèque du musée d’Orsay ont également été une aide précieuse.

 

Nous avons consacré un article sur Alexandre de Lalobbe dans le numéro 56 (2014) de la Mémoire du Fleuve.