Histoire de la famille
Article biographique signé Guy Dumas
Situation de THABOR, (THABORD ou TABOR), Carrières et Carriers
Thabor est situé sur la commune de Clairac ; ce plateau calcaire d'environ vingt-cinq à trente hectares culmine à 169 mètres (carte IGN 1739 Est TONNEINS). Ce plateau de calcaire gris dit calcaire gris de l'agenais par les géologues,se serait formé à l'époque du Miocène (environ 23 à 20 millions d'année).
L'accès se fait depuis Clairac par la route départementale N° 271, puis le chemin vicinal ordinaire N° 3 jusqu'à Seilhade où l'on prend à gauche un chemin goudronné sur environ 3 km, desservant Claustre, Raulin, et Thabor, se poursuivant ensuite avec le statut de chemin rural réservé aux aboutissants jusqu'à son entrée sur le plateau du Pech de Berre. Ce chemin rural est hélas, et depuis plusieurs années, fortement détérioré par des véhicules tous terrains, les pilotes l'utilisant par tous temps comme terrain d'entraînement ; c'est aussi un chemin de randonnée.
L'origine du nom « Thabor » pourrait être issu d'une locution latine, puis dans le langage occitan, la francisation du mot « tava », ou « tavo » par analogie avec « tabula » (table). Cette étymologie pouvant dériver en Tab, Thabo, puis Thabor selon les dialectes locaux. Il pourrait être apparu entre 1350 et 1520, en rapport avec le mont Thabor « Israël » lieu biblique de 588 m d'altitude où eut lieu la Transfiguration, tabowr en hébreu.
Il existe des « Thabor » en Savoie, en Isère, et en Polynésie française (Tahiti) ; on peut également citer le parc du Thabor qui domine la ville de Rennes. Le Château Mont-Thabor est aussi une appellation AOP Châteauneuf du Pape.
Dans la religion catholique, en référence à la Transfiguration, le thabor est un support sur lequel l'ostensoir est posé lors des cérémonies du Saint-Sacrement ; c'est généralement un piédestal orné de symboles eucharistiques.
D'Arnaud Gaumain (1775-1845) à Emile Gaumain (1889-1915), mort au champ d'honneur)
C'est par quelques concours de circonstance que j'ai été amené à m'intéresser à la famille Gaumain.
Tour d'abord, très jeune, en janvier 1955, j'avais 11 ans, une inondation de très longue durée de la Garonne avait anéanti l'espoir pour mes parents, cultivateurs et fermiers, d'une récolte de foin nécessaire au bétail pour l'hiver à venir.
Un berger, connaissance de mon père, exploitait les terres et les prés de Thabor pour nourrir son propre bétail (vaches et moutons). L'herbe destinée au foin y poussait abondamment et était de qualité ; il dépanna avantageusement mon père cette année-là. C'est donc lors de la fenaison que j'entendis parler pour la première fois, de la « maison du gaumain », et du « pré du gaumain ». J'ignorais à onze ans qu'il puisse s'agir d'une personne
Quelques années plus tard, dans mon adolescence et ma vie de jeune adulte, j'eus maintes fois l'occasion de « monter à Thabor » pour y chasser les lapins, les grives ou les palombes, ou pour y « écouter le silence » après les journées harassantes des bruits de l'usine.
L'énigme « Gaumain » me poursuivait toujours, mais que ou qui pouvait être ce Gaumain ? Impossible d 'approfondir.
Je savais simplement que le nom de Gaumain figurait sur une plaque commémorative des soldats « Morts pour la France » pendant la guerre de 1914/1918, dans l'église d'Unet, ainsi que sur le monument aux morts de la commune de Tonneins ; cette chose me paraissait curieuse : Thabor est dans la commune de Clairac comme on l'a vu plus haut.
Beaucoup plus tard, dans le cadre des cérémonies commémoratives du centenaire de cette affreuse guerre, un historien local (passeur de mémoire), Alain Glayroux, que j'ai connu enfant, publia un ouvrage consacré à tous les « Poilus » de Tonneins et des communes du canton, sur lequel figurait les noms et prénoms d'Emile Gaumain mort au front en 1915.
Au début de l'été 2019, au cours d'une rencontre fortuite, le président de la société des amis de Clairac, Monsieur Clair Morizet me demanda si j'accepterai de guider un groupe de personnes à la découverte des anciennes carrières de pierre de Thabor ; demande que j'acceptais avec grand plaisir. Pour de nombreux Clairacais, Thabor et ses carrières, c'est comme L'arlésienne d'Alphonse Daudet. Le parcours de découverte nous amena (outre les deux premières ruines), de passer, auprès de la ruine de la maison dite « du Gaumain », et de la parcelle attenante.
Sur ce plateau de 25/30 hectares disions-nous, devenu terres de cultures et de prairies, sur lesquelles une plantation d'essences forestières de résineux y a été faite en 1994, sont donc situées trois fermes en ruines, et une habitation récente.
La plus ancienne, au Nord-Est du plateau, figure au cadastre napoléonien de 1821, et me parait dater probablement du 17e siècle, se situe sitôt quitter le plateau de « Raulin » par le chemin dit sur ce cadastre : « chemin de la métairie de Thabor », à l'entrée du plateau en venant de Clairac. Cette métairie devait abriter plusieurs foyers domestiques ; ou, la redevance de métayage était importante. Selon la configuration des ruines que j'ai connue, une dizaine de bovins (bœufs ou vaches de trait) pouvaient contenir dans leur étable, soit au moins quatre attelages, et deux têtes en attente de maturité pour constituer un attelage de relève ; en outre, dans l'étable à cochons, une auge de quatre bacs creusés dans la même pierre permettait d'engraisser au moins quatre porcs qui devaient probablement être partagés à égalité entre le propriétaire et le métayer, (le gazailh). Généralement, la volière était au-dessus de la porcherie. Une maison individuelle, en adéquation avec son siècle a été bâtie à proximité et en partie sur les ruines quelque peu bousculées par des engins de terrassement aux environs des années 2000. Auprès de cette maison et des ruines, il existe toujours un puits dont la margelle est entièrement bâtie et couverte en pierres de taille. Un autre puits, certainement plus ancien, sans margelle, existe à une dizaine de mètres ; il a été sécurisé par le propriétaire avec des gros blocs de rocher recouvrant son orifice
Un peu plus loin, quatre cent ou cinq cent mètres environ, une autre bâtisse d'un seul corps, en ruines, consécutivement à un incendie au début des années 1970, se situe côté Sud, sur la gauche du chemin qui se poursuit vers le plateau du Pech de Berre, elle ne figure pas sur le cadastre napoléonien de 1821. Les constructeurs de l'époque tirèrent partie de la falaise qui, tout en fournissant la pierre sur place, leur a permis d'aménager une partie basse facilement accessible, servant d'un côté, de chai à vin, où subsiste encore le cuvier de fermentation en pierre de taille, et de l'autre, d'étable pour six têtes de bovins. La partie habitation et le hangar étant de plein pied avec le niveau du plateau. Une petite source aménagée en fontaine, taillée dans le roc quelques dizaines de mètres en contrebas alimentait en eau les besoins domestiques. Des chênes probablement bicentenaires, voire plus, proches de cette maison ont été abattus récemment comme bois de chauffage.
C'est dans cette maison que Paulette Bernège, propriétaire à l'époque, avait caché des juifs lors de la dernière guerre, l'accès au plateau et à cette maison était très difficile depuis très longtemps, les chemins, qu'ils arrivent de Claustre, de Molerin, de Fernan, de Lascombes, ou de Nicole par le Pech de Berre , étant difficilement praticables en été, l'étaient encore plus en hiver et par temps de pluie ; ils mesuraient tout au plus 2 mètres 20 de largeur : il fallait y arriver à pied, ou avec un attelage de bœufs et une charrette. Déjà, en 1702, l'évêque d'Agen, en tournée des paroisses, de passage à Clairac se plaignait de l'état des chemins : « ...car il y a quatre ou cinq villages fort éloignés de Clairac et pour aller à la ville il faut passer par des chemins presque impraticables en hiver ». L'évêque citait, outre la paroisse de Dimeuilh, la paroisse de Tignagues, qui se trouvait accessible par le chemin allant de Clairac à Thabor.
A l'extrémité Ouest du plateau, peu avant le versant du Luisant (loulusen), et donnant vue sur la vallée de la Garonne, une autre ruine, de plus petite taille, celle-là même, dite du « Gaumain » qui m'a toujours interpellé du fait que je n'y retrouvais aucun élément de charpente, fut-il en mauvais état, ni sans traces de carbonisation qui aurait fait penser à un incendie. Cette maison fut habitée, puisque Jean GAUMAIN et sa famille, Alexis et sa famille et Adolphe Jean ont habité à Thabor.
Ont-ils tous habité cette maison, et, ou, celle qui a brûlé vers les années 1970 ? A ce jour nous l'ignorons. Ce que l'on sait aujourd'hui au sujet d'Adolphe-Jean GAUMAIN, marié à Marceline AGUILÉRA, fille de migrants espagnols habitant « Lascombes », venus pour le creusement du canal dans les années 1840/1850, parents d'Emile, né lui aussi à Thabor en 1889, c'est qu'il est descendu habiter « Mondet », tout près d'Ayet, commune de Tonneins, où est né leur deuxième enfant Yvan en 1897.
Adolphe Jean et sa famille a très certainement été le dernier GAUMAIN à habiter Thabor. S'est-il servi de la charpente en réemploi à « Mondet », démantèlement ou pillage, déjà... pour qu'il n'y en reste aucun vestige ; à l'époque tout était réutilisé dans la mesure du possible.
Deux guerres mondiales survinrent en moins d'un demi-siècle, la première : 1914/1918, beaucoup de bras manquèrent pendant et après ce terrible conflit.
La mort d'Émile en pleine force de l’âge au cours des premiers mois du conflit, le départ au front d'Yvan en 1915 , grièvement blessé, revenu en 1919 sévèrement handicapé par une grave fracture d'une jambe plus courte de cinq centimètres et déviée ; peut-être revenu aussi « mutilé du cerveau », comme le furent de nombreux survivants de cette abominable boucherie humaine, allié au déclin des carrières un peu partout en France en ce début de 20ème siècle, époque où le ciment artificiel commençait à sortir de l'usine de Nicole.
Adolphe-Jean approchant la soixantaine à la fin de la guerre, douloureusement privé de sa descendance, fit que cette maison construite de belles pierres du site, tomba vraisemblablement à l'abandon ; ainsi sonna probablement le glas des carrières de Thabor au cours des années 1920. Il restait une grande surface de terres agricoles cultivables, mais, nous ignorons si les deux autres fermes étaient encore habitées à la fin de cette guerre horriblement meurtrière.
Puis vint la 2ème Guerre Mondiale. La ligne de démarcation mise en place dès l'armistice de 1940 dans une grande moitié de la France, fut supprimée en 1942 ; l'occupant exerçait dès lors sa souveraineté dans tout le territoire. Toutes les richesses du pays étaient réquisitionnées par l'occupant. Le rationnement des vivres, des outils et matériaux nécessaires à la vie courante s'imposa. En même temps, la chasse impitoyable envers les juifs obligea ceux-ci à fuir ou à se cacher.
Nous savons que Paulette Bernège en hébergea chez elle à Pellet, comme la jeune Claire Bruyère (Bloch), mais aussi à Thabor, sachant que l'accès y était difficile, et la maison inoccupée. En famille ou seuls, ils devaient, malgré l'aide certaine d'honorables voisins, assurer leur quotidien. Faire du feu de bois dans la cheminée pour cuisiner et se chauffer en hiver, était une nécessité ; nous pouvons imaginer la quantité de bois nécessaire à ce quotidien, dès lors, et sans être accusateurs, les boiseries et charpentes de la maison Gaumain abandonnée purent peut-être servir aux hébergés clandestins pour assurer leur quotidien. Nous savons aussi, par la mémoire des anciens, que dans le voisinage, un cultivateur, planteur de tabac, fit construire, peu avant la fin de la guerre, un séchoir en bois de réemploi, monté, paraît-il, par des prisonniers allemands. Plusieurs hypothèses sont possibles pour l'utilisation de la charpente et des boiseries de la maison Gaumain de Thabor. Aucune n'est certaine.
Il nous reste à résoudre le problème de l'eau indispensable autour de la maison Gaumain. Bien qu'ayant parcouru le plateau de Thabor depuis le début des années 1960, je n'ai repéré aucun endroit, tant autour de la bâtisse, que sur la parcelle dite « du Gaumain » qui aurait pu être une réserve d'eau ou un puits.
D'après le rapport de recherches sur « Les carrières de Provence » , de Claire Reverchon et de Pierre Gaudin, la plupart des carrières visitées pour leurs recherches, étaient confrontées au besoin d'eau, elle y était amenée dans des cuves ou des tonneaux, lors de la montée le matin au chantier. ; en était-il de même à Thabor, c'est très possible, plusieurs carriers et tailleurs de pierre habitaient Mondet, où existait un puits communal, ou venaient du vallon de Lascombes où coule entre autres, une source thermale selon les dires anciens . Contrairement à aujourd'hui, l'eau n'était pas gaspillée. La mémoire des hommes disparaît inexorablement ; tous ceux qui auraient pu laisser quelques renseignements ont depuis longtemps disparu, et la génération suivante s'est désintéressée de la transmission des connaissances de la vie sur le plateau de Thabor.
Seuls, existent, nous l'avons vu, les deux puits de la plus ancienne ferme et la petite source en contrebas de celle qui fut détruite par l'incendie ; un puits existait à « L'entre », une autre petite source coule à la métairie du « Luisant ».
Nous pouvons dire aujourd'hui, en 2020, sans crainte de nous tromper, que la mise en culture forestière en résineux à forte densité de plantation est la cause du tarissement de toutes les petites sources en contrebas, de part et d'autre du plateau de Thabor.
Un cercle révélé par une vue aérienne récente à proximité immédiate de la bâtisse pouvant avoir un lien avec l'eau a retenu notre attention : socle de grand réservoir, ou de manège mécanique à traction animale pour actionner soit des machines destinées à la manutention ou à la façon des pierres de taille, soit une noria ? Ou peut-être des vestiges enfouis d'une civilisation lointaine.
Au Nord du plateau, sur la bordure dite sur le cadastre napoléonien : « arête du rocher de Thabor », existe encore une rangée (rendal, ou randale) de vieux chênes bicentenaires, voire plus, dont certains sont dits : « têtards » apportant la preuve de la méthode de partage du bois aux siècles passés (le gazailh). Le tronc de l'arbre appartenant au propriétaire, le branchage est partagé à moitié avec le métayer, pratique encore en usage jusqu'au milieu du 20ème siècle.
Le parcours se termina par la visite d'un abri sous roche exposé à l'Est dans le vallon de Comberousin qui semble être une énigme quant à son origine et sa fonction : cabane de vigne ou de berger, ou poste de guet à l'époque des Guerres de Religion ? Bien qu’apparemment creusé naturellement dans la roche, il est en partie fermé par un mur en pierres sèches, colmatées à la boue blanche de terre calcaire à l'intérieur laissant une petite ouverture de guet.
Au pied du Pech de Berre, versant Ouest, au lieu-dit l'Ermitage, des abris sous roche quasi identiques logeaient des ermites jusqu' au début du 20ème siècle ; ils furent en grande partie détruits par un très important glissement de la falaise, probablement dû aux pluies diluviennes tombées au cours de l'hiver 1929/1930, et des très fortes précipitations de fin février sur l'ensemble du bassin Aquitain et des bassins versants des rivières Lot, Tarn, et Aveyron, provoquant la grande crue centennale de la Garonne, du 3 et 4 mars 1930.
Toutes ces informations communiquées au groupe de Monsieur Clair Moriset, ne manquèrent pas de susciter un intérêt certain, d'autant plus que de nombreuses maisons d'Unet, d'Ayet, de Mondet, de Gilet, des villes de Tonneins, Clairac, Aiguillon, Nicole, y compris des édifices religieux de ces communes ont été bâties au fil des siècles, en partie ou entièrement en pierres de Thabor.
C'était suffisant pour affûter mon envie de rechercher d'autres Gaumain ; Emile ayant été malgré lui, le 1er maillon de la chaîne. Mes recherches sur Internet du patronyme Gaumain en France, me renvoyèrent sur les archives départementales de Lot-et-Garonne, où, à partir d'Emile, je pus remonter jusqu'à Arnaud, né à Cadillac en Gironde, le douzième jour de may 1775, fils de Jean GAUMAIN, carrayeur (carrier), et d'Anne MASSIEU.
Arnaud GAUMAIN se maria à Tonneins le vingt-quatrième jour de brumaire ; An douze de la République Française, avec Jeanne (Marie) CURGUT, fille de Jean, cordier à Tonneins, et de Marie LAUGA, née le douze août 1774. Il fonda sa famille.
Comment Arnaud fit-il connaissance de Jeanne (Marie), nous ne le saurons jamais ! Était-il un très robuste et beau jeune homme, ou Jeanne était-elle une belle jeune femme et excellente cuisinière ? Selon mon hypothèse, la qualité des cordages de la corderie Curgut, avait largement dépassé les limites du Lot-et-Garonne pour être connue à Cadillac, voire au-delà par les carrayeurs, les bateliers de la Garonne, et de la Dordogne, dont Christian Signol nous conte si bien les heurs et malheurs dans La Rivière Espérance, ou Alain Paraillous dans La Rumeur du Fleuve.
Arnaud était-il venu prendre livraison de cordages pour la carrière de son père, à l'atelier Curgut ? Tonneins possédait aux 18ème et 19ème siècle, de nombreuses corderies. Grâce à l'importante culture du chanvre, le métier de filassier était associé de fait à la culture du chanvre qui, une fois roui dans les eaux du Lot, et de la Garonne, séché et peigné, donnait les fibres destinées à faire la ficelle pour la fabrication des cordes et cordages pour le halage des bateaux, les manutentions, levages et tractions dans d'autres métiers (carriers, maçons, charpentiers etc.). Toujours est-il que l'un ou l'une craqua pour l'autre ! Ils se marièrent et eurent cinq enfants, deux filles et un garçon décédés en bas âge, et deux autre garçons, Jean et Pierre, qui assurèrent la pérennité du patronyme GAUMAIN, pour un siècle et demi.
Chez les GAUMAIN, comme dans de nombreuses familles, aux 18ème et 19ème siècles, la « grande faucheuse » faisait d'immenses ravages ; chez Arnaud et Jeanne, comme cité plus haut, trois enfants : Catherine (Marie), décédée à 8 mois, en l'An treize, Marie, née à Villottes en 1809, décédée à 14 mois dans cette petite commune annexée à Varès en 1821,où vécurent quelque mois Arnaud et sa famille ; et François, en 1812 âgé de 7 mois et 6 jours ; chez Jean GAULMAIN et Julie Laffargue un petit Jean, frère d'Alexis, âgé de 5 ans et 8 mois ; chez Anne Malvina, fille d'Alexis, épouse Monceau, Lydia âgée de 5 mois ; chez Jean et Marie Alexandrine Ballet, ce fut le cas pour cinq enfants : Jean-Paul en 1881, âgé de 12 jours ; Marie Louise, en 1884 âgée de 3 mois ; Jeanne, décédée en 1890 à la naissance ; Henri-Édouard, en 1893, âgé de 7 mois ; et en 1894 un enfant né sans vie.
Deux autres drames familiaux endeuillèrent la famille GAUMAIN, Anne Bonneau, épouse d'Alexis décéda à Thabor le 16 mars 1881 à l'âge de 44 ans (le 18 février 1886), Alexis décédait à l'âge de 49 ans. Bien que nous n'en connaissions pas la cause, nous pouvons supposer un probable accident à la carrière. Nous avons la connaissance d'un accident dans une carrière du Pech de Berre, où un certain Jean, natif de Tournecoupe, diocèse de Lectoure employé à lever de la pierre dans la paroisse de Nicole, fut tué par l'explosion d'une mine le 26 janvier 1773, et enterré au cimetière en présence de Pierre Grenier, de Pierre Fauché, et de Pierre Planté, traceurs, par le curé Baboulène qui a signé le registre paroissial. J'espère n'avoir commis aucune erreur dans ce funeste carnet nécrologique concernant les drames humains vécus par les GAUMAIN au 19ème siècle.
Nous avons évoqué les difficultés d'accès au plateau quelle que soit la période de l'année, plus particulièrement en hiver. Plusieurs chemins existaient aux 17ème, 18ème, et 19èmesiècles, probablement plus anciens encore. L'Abbé Alis, dans son Histoire de la ville d'Aiguillon et., dit que ce sont les Romains qui auraient créé ces chemins ; nous les retrouvons sur le cadastre napoléonien de Clairac en 1821 (Fernan, feuille K), de Tonneins en 1821 (Unet, feuille G2) ; ou de Nicole en 1826 (feuille A2). Le chemin le plus pratique pour aller à Nicole, et le moins difficile à gravir, est celui, passant tout près de leur maison, se dirigeant vers le lieu-dit « l'Entre », puis desservant le château de Lafon et ses dépendances, pour aboutir à la route dite : de Toulouse. Le Plateau du Pech de Berre est relié à celui de Thabor par un isthme relativement plat, et d'altitude quasi égale aux deux plateaux, d'environ 400 mètres de longueur et d'une cinquantaine de largeur.
La tradition orale dénommait cet isthme : « le cheval, lou chibaou en patois local ». Nous pensons qu'il était dénommé ainsi, car il servait peut-être de lieu de repos quotidien aux chevaux après une journée utilisés en carrière.
Mais une autre hypothèse nous a interpellé, plus vraisemblable celle-là, c'est environ au milieu de sa longueur et de sa largeur que se rencontrent les limites de trois communes : Clairac, Nicole et Tonneins ; donc, « à cheval » sur cet isthme. C'est de chacune de ces limites que partent les chemins descendant à l'Est d'une part, vers « Lascombes » et Clairac, ou Nicole, par le pont de Vigneau (en bordure du Lot), servant de limite à ces deux communes ; et d'autre part, à l'Ouest, vers « lou lusen », « Mondet » et Ayet, en direction du bac de Monheurt, servant de limite avec Nicole et Tonneins. Ces deux chemins, sont très pentus ; nous imaginons les difficultés en saison hivernale et par temps pluvieux pour descendre et remonter aux carrières et aux habitations. La carte IGN 1739 Est Tonneins nous indique un dénivelé d'environ 130 mètres entre « Mondet » et « Thabor », sur une courte distance, donc avec un pourcentage de pente élevé, très pénible pour les hommes et pour les animaux de trait.
Attardons-nous un instant sur Alexis GAUMAIN, son mariage et sa descendance. Fils aîné de Jean GAUMAIN et de Julie LAFFARGUE, petit-fils d'Arnaud, il habitait Thabor. Nous avons vu que le chemin le plus pratique depuis Thabor, pour aller Nicole passait par « le cheval » vers l'Entre ; il est très probable qu’Alexis entretenait d'excellentes relations d'affaires et de courtoisie avec les carriers de Nicole et avec les notables locaux : les de Caubios d'Andiran, Amblard, Gasquet, Bonneau, Giraudeau, Maitres de bateaux, etc.
C'est sûrement lors de ces rencontres qu'Alexis succomba au charme d'Anne Bonneau, fille de bonne famille dont la mère Anne Lafitte fut femme de service chez les Gasquet. Nous savons que le petit peuple n'avait pas accès à l'instruction, alors que dans les familles de notables, la lecture d'auteurs romantiques de l'époque charnière de la fin du 18e et le début du 19e siècle occupait les loisirs des femmes.
Alexis, marié à Anne Bonneau le 16 mai 1860 fonda famille ; ils eurent quatre enfants : Anne Malvina, Adolphe Jean, Emile Antoine, et Cécile. Le prénom Anne-Malvina, n'était pas du tout familier, j'en cherchais l'origine, sachant que Anne était celui de la mère et celui de la grand-mère maternelle de cette petite fille ; mais Malvina m 'interpellait. La lecture quelques semaines plus tard, du N° 63 de La Mémoire du fleuve d'Alain Glayroux m'apporta la réponse. Il consacrait une page à la romancière d'origine tonneinquaise de la fin du 18ème siècle : Sophie Cottin, née Risteau. Cette romancière commença à écrire très jeune et discrètement ; lorsque son talent fut découvert, une cousine mit ses ouvrages en valeur. C'est ainsi que plusieurs titres connurent un grand succès public, en l'occurrence : Claire d'Albe, Malvina, Amélie Mansfield, Marthilde ou Mémoires tirées de l'histoire des croisades, Élisabeth ou les exilés de Sibérie. J'avais certainement là, la réponse à ma question au sujet du choix du prénom Malvina. Nous ne retracerons pas ici, la courte vie de Sophie Cottin.
Nous pouvons imaginer qu'Anne Lafitte, mère de Anne, eut l'occasion de lire les ouvrages de Sophie Cottin, prêtés par madame Gasquet lorsqu'elle était à son service. Touchée au cœur par le roman, en l'occurrence Malvina, elle a souhaité ajouter au prénom de la nouvelle-née, sa petite fille Anne, le prénom de Malvina. Nous ne retrouvons que deux ou trois fois « Malvina » sur les registres d'état civil du 19ème siècle, mais il est encore quelque fois donné aux 20ème et 21ème siècles.
Nous avions évoqué, sur la 1ère mouture de mes recherches sur les GAUMAIN, un article de presse sur le journal « Le Républicain », hebdomadaire du Lot-et-Garonne, un hommage rendu par le « Souvenir français » au soldat (gendarme) Charles Siméon Fréjaville, (1899-1939), mort pour la France au tout début de ce 2ème conflit mondial, inhumé au cimetière de la petite paroisse de Lompian, commune de Puch-d'agenais.
Charles Siméon Fréjaville (1899-1939), marié à Eliane GAUMAIN, eut une fille : Jeanine, qui, par son mariage, devint Jeanine SCOWN ; de cette union, naquit Carol mariée à Michel RAYNAL. Nous les avions retrouvées toutes les deux à Montauban dans le Tarn-et-Garonne, Après avoir pris contact, nous les avions invitées à découvrir la terre (les carrières et la maison ou ce qu'il en restait) de leurs ancêtres GAUMAIN à Thabor.
Cette invitation se concrétisa le dimanche 31 mai 2020 jour de Pentecôte par la visite commentée de l'église d'Unet, quelques photos des vitraux et ornements prises à l'intérieur, et de la stèle commémorative des soldats de la-dite paroisse « Morts pour la France » pendant la guerre de 1914/1918, sur laquelle, parmi les 18 poilus inscrits, figure le nom de Gaumain. La visite se poursuivit inopinément vers le lieu-dit Savaroles, qui fut propriété d'un ancien Premier Ministre de la République française, visite qui évoquait pour Carol quelques souvenirs de famille, L'heure de partager chez nous le repas de midi était bien avancée, la visite mémorielle n'en était qu'à son début. Après le repas, qui nous prit du temps, un parcours assez physique nous attendait ; il s'agissait de visiter les anciennes carrières de la « pierre de Thabor » et des bâtisses où avaient vécu leurs ancêtres, ce parcours dura 3 heures. Ce n'est pas sans une réelle émotion que Carol chercha dans l'amas de pierres, de ce qu'il reste de la maison GAUMAIN ignoblement pillée de ses belles pierres de taille, des souvenirs à ramener ; quelques fragments de tuile canal et quelques pierres contenant des fossiles firent son bonheur, ils ornent désormais son atelier de dessin. Il restait encore à visiter la maison de Marie Hélène Lacassagne à « Gilet », bâtie en pierres de Thabor, où mourut Pierre GAUMAIN à l'âge de 61 ans en 1879, Paul Bernège, voisin, témoigna pour l'Etat civil ; et Mondet, ou vécurent plusieurs familles GAUMAIN, en particulier Adolphe Jean et son épouse Marceline et leurs enfants Émile et Yvan. Désormais, pour la postérité et la transmission de la mémoire de ce douloureux conflit mondial, Monsieur le Maire de Tonneins a accepté, sur ma proposition, de nommer « rue Emile GAUMAIN » une voie desservant plusieurs habitations de Mondet.
Environ cent trente ans après le départ de Thabor d’Adolphe Jean et sa famille, Carol et Michel son mari, avec l'aide de son cousin Guy et son épouse, organisèrent le 14 juin 2020, un pique-nique tout près de la ruine, leur émotion était encore palpable ce jour-là, sur la terre de leurs lointains ancêtres carriers.
Le patronyme GAUMAIN s'éteignit dans les années 1950, plus aucun enfant mâle ne naquit après le décès d'Émile et les graves blessures subies par Yvan décédé célibataire, le décès de René sans descendance et de Marceau n'ayant eu que des filles. Carol SCOWN-RAYNAL, Guy DONATONI, Rolande GARBAYE et la famille DEJEAN-ARTIGALAS, sont cousins, descendants lointains d'Arnaud GAUMAIN.
Il nous resterait pourtant, pour enrichir l'Histoire de Thabor, de parler des Bernège qui y ont été carriers. A ce jour, nous ne disposons que de très peu de renseignement sur les Bernège carriers. Nous savons seulement que Paulette Bernège habitant la maison de Pellet, pionnière de l'organisation des tâches ménagères dans l'entre-deux guerres, auteur d'ouvrages sur ce thème, et artiste peintre que j'ai connue dans mon enfance (elle venait souvent rendre visite à notre institutrice de l'école d'Ayet), fut la dernière propriétaire de Thabor. Célibataire, sans descendance, ruinée, elle dut se séparer de ses biens immobiliers dans les années soixante. Elle finit sa vie dans une maison de retraite où elle décéda en 1973. Son père Jean-Baptiste Bernège était né à Pellet le 21 août 1848, il était le fils de Pierre Bernège « qualifié de propriétaire » et de Jeanne Fauché.
Dès le début des années 1980 et jusqu'aux années 2000, les ruines de Thabor furent abondamment pillées, y compris par des personnes faisant commerce de pierres de taille. Les bienfait du remembrement de la commune de Clairac en 1962 ouvrant une belle route d'accès aux plateaux de Claustre, Raulin et Thabor, avec prolongement vers le plateau du Pech de Berre, eurent pour méfaits de faciliter cet odieux pillage d'un pan de l'histoire de Thabor.
Remerciements
En priorité, je me dois de remercier Monsieur Clair Moriset, président de La société des amis de Clairac, sans qui je n'aurais jamais entrepris les recherches qui m'ont permis d'écrire ces quelques pages, merci pour le temps qu'il a consacré à la relecture et aux corrections.
Merci à Alain Glayroux, président de « La mémoire du fleuve » pour ses conseilset l'autorisation qu'il m'a donné de le citer dans ces pages
Merci à Monsieur Dante RINAUDO, maire de Tonneins pour avoir accepté ma proposition de nommer, dans le cadre du nouvel adressage, une « rue Emile GAUMAIN » desservant plusieurs habitations dans le hameau de Mondet.
Sources
- Archives départementales de Lot-et-Garonne
- Cadastre napoléonien
- Registres paroissiaux et d'Etat civil
- Notes historiques du chanoine Durengue
- IGN carte 1739 Est Tonneins
- Carrières et carriers de Provence (rapport de recherches 1985-1987) Claire Reverchon /Pierre Gaudin
- Les correspondances oubliées des poilus Tonneinquais 1914/1918 Alain Glayroux (La mémoire du fleuve)
- La Mémoire du fleuve N° 62,63, Alain Glayroux
- La rivière Espérance, roman, Christian Signol
- La Rumeur du fleuve, roman, Alain Paraillous
- Deffontaines Pierre, La moyenne Garonne, agenais, bas Quercy
- C. A. P. Terre, Pierre Leblond
- Henri Lacassagne, passeur de mémoire, Aiguillon, natif de Nicole
- Histoire de la ville d'Aiguillon, abbé Alis , BNF (Gallica)
- Crue de la Garonne en 1930, PERSEE, Genèse de la catastrophe, Maurice Pardé
- Notes, Clair Moriset
Émile Gaumain (1889 - 1915)
Article écrit par Guy Dumas
Émile Gaumain est né le 8 août 1889 à Clairac.
Émile est le fils de Jean Gaumain et de Marceline Aguiléra.
Émile est domicilié au lieu-dit Mondet à Unet, par Tonneins, quand il est rappelé à l’active.
Émile est tué à l’ennemi le 21 mars 1915 à Perthes-lès-Hurlus à la côte 200, à l’âge de 26 ans.
Perthes-Lès-Hurlus fait partie des cinq villages détruits avec Tahure, Hurlus, Le- Mesnil-Lès-Hurlus et Ripont non loin de Suippes, qui ne seront jamais reconstruits.
Sur le site gouvernemental « Mémoire des Hommes » nous avons retrouvé le journal des marches et des opérations contre les Allemands, du 88ème Régiment d’Infanterie où était incorporé le deuxième classe Émile Gaumain matricule 1160 au recrutement de Marmande.









