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Biographie

Texte biographique : Alain Glayroux

Marthe-Renée DUBOS, est née le 21 Mai 1906 à Clairac. Marthe-Renée est la fille de Guillaume Dubos et de Marie Fraiche son épouse.

Marthe-René Dubos, épouse le 17 Janvier 1925 à Clairac, Maxime-Pierre BADIE.

De cette union naissent deux jumelles, Yvette-Lucie et Sylvette-Berthe, le 15 août 1926 à Tonneins.

Durant la seconde guerre Mondiale, Renée Badie travaille à l’usine de chaussures Hublot à Tonneins. Renée est une militante socialiste et syndicaliste et notamment à la CGT clandestine.

A la fin de la guerre, Renée Badie, veuve de Maxime, est embauchée à la Manufacture des Cigares de Bordeaux.

Tout le reste de sa vie, elle n’aura de cesse de perpétuer la mémoire des toutes ces résistances et résistants, sans pour autant se mettre en avant.

Comme le disait très simplement Renée « Nous n’avons fait que notre devoir, rien de plus ».

Remerciements

Pour ce portrait nous sommes aidés de son petit-fils Jean-Max Laborde, de Marie- Françoise Biz, sa petite fille, de Delphine Laborde, son arrière-petite-fille et de son cousin Michel Ortiz.Toutes ces familles ont mis à notre disposition tous les documents, photos etc que nous vous laissons découvrir et nous les remercions.

Nous vous proposons quelques extraits de l’ouvrage de Bernard Lareynie "Résistances en Pays Tonneinquais, Éditions La Mémoire du Fleuve", un ouvrage ncontournable concernant cette période :

« …Plusieurs militants syndicalistes de Tonneins vont animer localement les structures syndicales autorisées pour mieux développer, parallèlement, leurs activités clandestines. Maxime Badie, socialiste, et Nestor Senez, communiste, participeront au syndicat de la manufacture des tabacs où ils sont salariés. Nestor Senez, né en 1888, cigarier, occupera quelque temps la fonction de secrétaire de l’Union locale. Pierre Géomar, ouvrier plâtrier et militant communiste, prendra la tête du syndicat du bâtiment et du bois. Camille Alemant, ouvrier mécanicien au garage Berliet, prendra le poste de secrétaire du syndicat de la métallurgie. Plus tard, Renée Badie, l’épouse de Maxime, socialiste, ouvrière à l’usine de chaussures Hublot, sera trésorière adjointe du syndicat des métiers du cuir. Quelques autres jeunes ouvriers comme Armand Garrigue, 27 ans, ouvrier imprimeur, Robert Lorin, 21 ans, lui aussi ouvrier imprimeur ou encore Jean-Robert Arès, 22 ans, employé à la menuiserie Larroque, participeront aux activités clandestines animées par Géomar… ». 

« …C’est probablement par le canal syndical que les premiers contacts sont pris à Agen. En effet, dans le Lot-et-Garonne, Libération prend forme, au début de l’année 1942, au sein du groupe de syndicalistes qui animent l’UD-CGT clandestine. Le mouvement recrute des militants de gauche d’origines politiques diverses : des communistes comme Gérard Duprat et Pierre Lespinasse ; des socialistes comme Denis Ginestet, Jean Bertin, Maxime et Renée Badie, un anarchiste, Gérard Duvergé. Gérard Duprat est nommé chef départemental. Plusieurs d’entre eux (notamment Duprat, Duvergé, Ginestet et René Badie) s’étaient déjà, quelques mois plus tôt, impliqués dans la création du Front national. Ils se consacreront désormais à Libération.

Les époux Badie de Tonneins participent dès le début à la formation et aux activités du mouvement Libération dans le département. Ils organisent des réunions clandestines chez eux et assistent à celles qui se déroulent à la Bourse du travail à Agen ou chez Gérard Duvergé au Passage-d ’Agen.

La responsabilité du canton et de quelques communes alentour est confiée à Renée Badie, qui prendra les pseudonymes de « la Blonde » ou « Tante Jeanne ». Son autorité s’exerce sur les communes de Tonneins, Clairac, Varès, Castelmoron, Grateloup, Laparade et Aiguillon où elle établit des contacts et recrute des militants pour le mouvement : Dubédat, Montardit, Giovannangéli, Géomar, Mensencal à Tonneins ; Paul Marcadet, Marcel Vigneau, Guillaume Le Goff, René Morichon à Clairac ; Dubourdieu à Laparade, etc… ».

« …Georges Dubourdieu, de Laparade, adhère-lui aussi au mouvement au début de l’année 1942 : « J’appartenais au mouvement de Résistance Libération et, en tant que responsable militaire de ce mouvement pour le canton de Castelmoron, j’étais en liaison constante avec Tonneins et mon chef immédiat était Madame Badie… ».

« …Intéressons-nous tout d’abord au groupe Libération. Sans emploi jusqu’à l’automne 1943, Renée Badie s’est faite embaucher, vers le début du mois d’octobre, comme ouvrière à l’usine de chaussure Hublot de Tonneins. Membre du Comité directeur départemental des MUR, elle s’est vu confier, au sein de l’organisation, le Service social départemental d’aide aux familles de résistants arrêtés, du mois d’août au mois d’octobre 1943, ainsi que la responsabilité des maquis d’une zone couvrant le Nord-Ouest du Lot-et-Garonne et le sud de la Dordogne. Parallèlement au soutien actif qu’elle apporte avec son groupe Libération au maquis de la Torgue, elle s’occupe de l’organisation de nouveaux maquis (dont celui de Sainte-Eulalie d’Eymet), sert de boîte à lettres, assure de nombreuses liaisons, procure de faux papiers à des résistants traqués, assure la responsabilité des relevés de plan de plusieurs terrains de parachutages et participe à l’élaboration de projets de sabotages.

« J’ai fait, précise-t-elle (Renée Badie), plusieurs voyages à Toulouse et à Bordeaux pour rencontrer des chefs régionaux et eu des rendez-vous avec Mme Terrien ». Renée Badie reçoit souvent chez elle Emmanuel Lalanne, employé aux Ponts et Chaussées à Agen, chargé de missions de liaison entre les responsables de la Résistance dans le département. Lalanne effectue également des transports de tracts à distribuer dans les villes. Lucienne Gémeau, alors secrétaire de Gérard Duvergé, responsable départemental des maquis des MUR, accomplit de nombreuses missions que Renée Badie lui confie : liaisons avec les maquis de Haute-Vienne, de Corrèze, de Dordogne, des Landes et du Tarn-et-Garonne en relation avec le Comité régional de Toulouse.

Fin 1943, Renée Badie prend en charge l’organisation de l’évasion de Paul Jacaud, un résistant détenu au camp de Mérignac. « C’est elle, a noté Paul Jacaud, qui m’a fait parvenir les papiers nécessaires à mon évasion du camp de Mérignac le 3 novembre 1943 et m’a accueilli en gare de Tonneins le même jour. Elle m’a ensuite fait conduire dans un maquis du mouvement Combat ». Les filles de Maxime et de Renée Badie, âgées de 17 ans, assurent aussi quelques liaisons. « Il nous est arrivé, raconte Sylvette, de porter des messages au maquis, jusqu’à Seyches. On les cachait dans le guidon des vélos ». Antoine Giovannangéli a noté qu’au cours de cette période, Renée Badie le charge notamment de recruter de nouveaux résistants, de collecter du blé pour les maquis et de recueillir des informations sur les collaborateurs. Il participe également chez elle, chez des amis ou chez lui, aux réunions clandestines de Libération et des MUR qu’elle a pour mission d’organiser… ».

« …Le vendredi 3 mars 1944, Renée Badie est arrêtée par la milice et conduite au château de Ferron… ».

Son témoignage des tortures souffertes en 1944

Alain Glayroux. Document faisant partie des archives familiales des descendants de Renée Badie.

Nous vous présentons le témoignage de Renée Badie qui relate sa détention au château de Ferron et notamment les exactions que lui ont infligées ses tortionnaires. En accord avec son petit fils Jean-Max Laborde, les familles Biz et Michel Ortiz, nous vous présentons ce document qui relate les sévices reçus par Renée Badie en avril 1944, soit 80 ans après.

Ce témoignage, d’une très grande valeur historique, a été rédigé par Renée Badie en décembre 1950, il « dormait » dans les archives familiales depuis 70 ans.

L’implication du couple Maxime-Renée Badie pour notre liberté ne peut que nous encourager à mettre en exergue toutes ces « femmes » et ces « hommes » dont les livres d’histoire ne parleront jamais. Maxime Badie est détenu à Neuengamme, où il est assassiné « gazé par les nazis » le 9 octobre 1944 à 7h50. Maxime Badie avait 42 ans. Cet assassinat n’est pas un détail de notre histoire.

 

Tonneins, le 16 décembre 1950

 

Madame Vve Rénée Badie, demeurant II COURS DE VERDUN A TONNEINS (L-G)

Je déclare sur l’honneur, le rapport détaillé relatant les circonstances exactes des tortures qui m’ont été infligées.

Comme le disait très simplement Renée « Nous n’avons fait que notre devoir, rien de plus».

Nous avons mis en forme le texte que nous vous laissons découvrir avec le document original. 

Arrêtée le 4 mars 1944, après de nombreux interrogatoires qui n’ont jamais rien donné, j’ai été menacée de passer à la chambre de torture, ma décision était prise, plutôt la mort que la trahison ! 

J’étais en liaison avec l’armée du Général De LATTRE, j’avais de très lourds secrets, entre autres 5000 litres d’alcool murés dans des égouts et plusieurs dépôts d’armes et d’essence, ainsi que les noms de beaucoup d’officiers. 

Le 4/6 j’ai donc dû subir les plus grossiers outrages après m’avoir mis les menottes aux poignets et aux chevilles, ces misérables (les miliciens) m’ont arraché tous mes vêtements, lorsque j’ai été nue, ils ont mis une machine électrique en marche et m’ont brûlé avec des pointes rouges sur toutes les parties du corps, autant internes, qu’externes, pour me protéger sur le sein gauche j’ai fait grand effort et j’ai tiré sur mes menottes, de là, gène de ma main gauche je vis le sein gauche car la machine était placée sur une table à ma gauche. 

J’ai été interrogée devant 5 monstres, étaient venus de Toulouse pour me torturer, les spécialistes de la fameuse brigade MARTY. 

Après 3h1/2 de torture, inutile d’ailleurs, (ils en ont été pour leur honte) je me suis effondrée, j’ai donc été ramenée dans ma cellule, tous les prisonniers présents ont entendu mes plaintes et m’ont vue repasser lorsque l’on m’a portée dans ma cellule. J’ai dû vivre ainsi pendant plusieurs mois, une vie d’inquiétude perpétuelle, car la menace était toujours présente : Ne pas parler, ne pas parler, était la seule idée que je devais avoir ! Si quelques détails manquent encore je suis en mesure de les fournir.

Je certifie sur l’honneur l’exacte vérité.

Vv Renée Badie