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Texte biographique : Bernard Lareynie

Né très vraisemblablement à Tonneins, assez tôt dans la première moitié du XIIIe siècle, Guillaume de Tonneins fit une brillante carrière au sein de l’ordre des Frères prêcheurs dans lequel il entra peut-être à Agen où ceux-ci s’étaient établis dès 1220. Premier écrivain tonneinquais connu, il composa au cours de sa vie des ouvrages religieux.

L’ordre mendiant des frères prêcheurs, ou dominicains, avait été fondé vers 1215, à Toulouse, par le chanoine espagnol Dominique de Guzman (Saint Dominique) pour la lutte contre « l’hérésie » cathare et plus généralement pour l’enseignement de la foi par la parole et par l’exemple de la pauvreté évangélique. Les frères prêcheurs s’installèrent à Agen en 1220 et leur maison fut établie en priorat en 1252. En 1242, deux d’entre eux, Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre furent désignés pour exercer l’inquisition dans le diocèse d’Agen.

Au sein de l’ordre, Guillaume de Tonneins devint un personnage important. Au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle il dirigea plusieurs couvents dans tout le sud de la France et occupa les fonctions de prédicateur et de professeur de théologie. Il fut désigné, en 1256, prieur du couvent d’Orthez, poste qu’il occupa jusqu’à la réunion du chapitre provincial de l’ordre qui se tint à Bordeaux en 1257. Quelques années plus tard, en 1265, il était lecteur de théologie au couvent de Cahors. Habile négociateur, il fut employé par Charles Ier d’Anjou. Ce prince, dernier frère du roi Louis IX et veuf de Béatrice de Provence, l’envoya en 1267 négocier son second mariage avec Marguerite de Bourgogne, auprès du pape Clément IV.

Le souverain pontife en profita pour lui confier plusieurs missions à Florence. Il fut notamment chargé, en 1268, de relever les Florentins de l’excommunication. Prédicateur général de son ordre en 1270, frère Guillaume de Tonneins revint dans son diocèse d’origine en 1273 où il succéda à Guillaume Fabri comme prieur du couvent Notre-Dame des Jacobins à Agen. Il ne resta là que quelques mois avant d’être, la même année, nommé prieur du couvent de Bordeaux où il exercera jusqu’en 1278.

Frère Guillaume dirigea le couvent de Bordeaux avec une telle sévérité qu’il reçut, en 1276, un avis du chapitre provincial d’absoudre ceux des frères qu’il avait trop lourdement punis.  À cette époque, le roi d’Angleterre-duc d’Aquitaine, faisait régulièrement vérifier les comptes des connétables de Bordeaux, à la fin de leur mandat, par une commission formée de personnages spécialement chargés de ce travail. A deux reprises, frère Guillaume de Tonneins fut appelé à participer à cette tâche. Le connétable John de la Berre quitta ses fonctions le 5 juin 1276. Le même jour, Edouard Ier donna à Arnaud de Got, évêque d’Agen, à Guillaume de Tonneins, prieur des frères prêcheurs de Bordeaux et à Guytard de Burgo tout pouvoir d’entendre John de la Berre à propos de ses comptes et des sommes qui lui étaient dues, pour le temps pendant lequel il fut en fonctionIl arrivait aussi que des commissions eussent à vérifier des comptes assez anciens dont les auteurs étaient morts. Ainsi le 1er mai 1277, le connétable Adam de Norffolk et le prieur des frères prêcheurs de Bordeaux furent chargés d’étudier le compte de feu maître Raymond de Taleyson, décédé en 1274 alors qu’il occupait le poste de connétable.

Guillaume de Tonneins fut relevé de ses fonctions de prieur du couvent de Bordeaux, peu avant Pâques de l’année 1278, par une lettre du prieur provincial, frère Bernard Gérald. Guillaume de Tonneins donna lecture de cette lettre au chapitre provincial de Montpellier devant les frères réunis qu’il avait lui-même convoqués. Il se rendit ensuite à Avignon où il resta quelques temps comme lecteur de théologie. On le retrouve quelques années plus tard définiteur au chapitre provincial de 1283. Prieur du couvent de Marseille l’année suivante, il fut désigné définiteur au chapitre général de 1285, à Bologne, pour élire le Maître de l’Ordre.

Choisi comme confesseur par Charles Ier d’Anjou, roi de Sicile et de Pouille, dont il avait négocié le mariage en 1267, Guillaume de Tonneins accompagna le fils de celui-ci, Charles II, dans un combat naval contre les Siciliens. Charles II se fit battre et fut capturé le juin 1284. Charles II était encore en prison en 1285 lorsque son père mourut. Guillaume de Tonneins resta quelques temps à ses côtés pour le consoler. Frère Guillaume revint à Agen, en 1289, pour être une nouvelle fois prieur du couvent de la ville où il exerça cette fonction pendant une année avant d’être envoyé, en 1291, au couvent de Perpignan pour y occuper le même poste, qu’il quitta l’année suivante.

En 1279, Charles II d’Anjou, comte de Provence, avait fait rechercher, à Saint-Maximin (Var), le corps de Sainte-Marie Madeleine. Le succès de ces fouilles avait déterminé un puissant mouvement de pèlerins. Quelques années plus tard, Charles II avait décidé d’y faire bâtir une basilique et un couvent pour les frères prêcheurs. S’étant réservé en tant que fondateur le droit de patronage, il demanda, en 1295, au pape Boniface VIII de désigner son ancien confesseur, Guillaume de Tonneins, premier prieur du nouveau couvent. Résidant alors à Rome, frère Guillaume se présenta à la cour papale. Mais considérant le grand âge de ce vieillard décrépit, le pape décida de choisir un autre prieur.

Guillaume de Tonneins se retirera alors au couvent de Marseille où il passa les dernières années de sa vie. Il y mourut en 1299Très doué dans de nombreux domaines, prédicateur plein de verve et habile négociateur, frère Guillaume avait composé, durant sa vie professorale, plusieurs ouvrages sur les Saintes Écritures.