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Texte biographique : Philippe Righini

Sur les conseils éclairés de Constantino Campana, père de ma grand-mère Maria, née en 1908.

C'est en 1920-23 que mon arrière-grandpère Valentino Righini, né en 1857, est arrivé en France. Originaire de la région d'Udine, au nord de Venise, il fuyait la famine et la dictature de Mussolini. Il débarque à Lamothe-Landeron avec quatre de ses fils : Pietro (né en 1886, Eduardo (né en 1899), Romano (né en 1901) et mon grand-père Luigi, né en 1904. 

Ensemble, ils défrichent une terre qui leur a été confiée. Ou peut-être louée ? 

Expulsés, ils emménagent au lieu-dit Rebeck, à Hautesvignes, où ils exploitent une terre dans les mêmes conditions qu'à Lamonthe-Landeron. Ils logent dans une maison prêtée par le propriétaire. Celle-ci n'a pas de fenêtre et ils les obstruent avec des bâches. Ne possédant pas de meubles, ils dorment dans la paille et font leur lit avec une fourche. À leur arrivée, la maison est tellement délabrée que les ronces poussent dans la cuisine. 

En 1929, Maria, ma grand-mère, qui avait fait sa connaissance en Italie, rejoint mon grand-père dans ces conditions. Elle était accompagnée de ses deux soeurs : Giselle et Guérina. Elle ne s'attendait pas à ce qu'elle allait trouver car son père Constantino avait un peu "enjolivé" les choses. Elle croyait arriver dans une ville où le train passait à côté de la maison. L'histoire raconte que, lorsqu'elle est arrivée à Hautesvignes, voyant la misère dans laquelle ils vivaient, elle s'est assise sur une unique valise et a pleuré.  

En 1933, mon père Michel né dans cette maison où ils resteront encore jusqu'en 1937, date à laquelle intervient la dispersion des frères. Luigi devient Charon à Gontaud-de-Nogaret et ma grand-mère l'aide à cercler les roues des charrettes puis il commence à fabriquer de petits meubles. 

Édouard s'installe à Laffite-sur-Lot, Pietro à Fauguerolles, Romano au lieu-dit Baquet à Feuillet. À part Luigi, le menuisier et Pietro, le maçon, tous les autres frères sont agriculteurs.

En 1940, peu après la naissance de leur fille Elda, Luigi, Maria et leur fils Michel déménagent à Tonneins. Ils habitent alors dans une maison qui existe encore au nº 16 de l'avenue de Beauregard. À l'époque ce n'était qu'un chemin de terre qui s'appelait le chemin de Beauregard. Luigi y installe son atelier et ma grand-mère y démarre une activité de couturière. Ils déménageront ensuite aux environs du nº 9 alors que le chemin est déjà devenu la rue Beauregard. Dans le milieu des années 50, mon grand-père fait construire la maison du nº 11. La rue devenant plus tard une avenue lui fera dire qu'il avait changé trois fois d'adresse sans bouger. 

C'était un quartier animé, tous les 15 Août une fête était organisée qui durait trois jours et pendant lesquels la 113 devenait une piste de danse. Tout le quartier se retrouvait autour du Bar Restaurant Chez Odette. Cet établissement faisait l'angle de la nationale 113 et de la rue Beauregard à l'emplacement du parking de l'Hôtel des Fleurs et juste derrière venaient les deux hangars de Monsieur Seguin, "marchand de bestiaux", de son état et père d'un autre MIchel qui fut très longtemps le compagnon de jeux de mon Michel de père et grand-père d'un Pierre infirmier de son état qui fut également le mien à l'âge des coulottes courtes.

Parmi les autres lieux importants du quartier, il ne faut pas oublier non plus le garage Dupouy qui faisait aussi station d'essence BP qui a été détruite suite à l'incendie de la parqueterie de Monsieur Chollet (remplacée par les Ets. Piazentin). La réussite de Jean-François et Patrick qui sont devenus concessionnaires Renault Nissan pour toute la région est assez exceptionnelle. 

Dès 1952-53, mon grand-père réalise déjà des chantiers. Au début, il va chercher sa marchandise chez Labé avec un "charreton" à bras et il traverse la ville comme cela. Un jour, devant le Café de la Paix, le charreton verse, tous les consommateurs s'esclaffent mais aucun n'aidera le "macaroni".

C'est aussi à cette époque qu'il décide de prendre la nationalité Française par naturalisation car il estimait que la France était la terre qui le nourrissait et sa nouvelle patrie. Par respect pour le pays qui l'avait accueilli, il est d'ailleurs toujours abstenu de le critiquer.

Sa petite affaire se développant, il achète une Renault KZ qui une fois sciée par la moitié deviendra une camionnette. Cela lui permet d'obtenir de plus gros chantiers comme le cinéma de Villeneuve-de-Marsan. 

En 1953, après deux ans passés en Tunisie, mon père Michel se décide à entamer un tour de France chez les compagnons, mais l'entreprise familiale connaît des difficultés financières qui l'obligent à l'interrompre.  

En 1957-58, on leur confie un très gros chantier, celui de l'actuel collège Saint-Jean, où mon père y avait déjà usé ses fonds de culottes. Il y a soixante portes qu'ils décident de fabriquer au lieu de les acheter. Début de l'aventure industrielle. 

Durant toutes ces années, ma grand-mère apporte sa contribution comme couturière, métier qu'elle a appris en Italie. C'était l'aînée d'une fratrie que Constantino, le père, laissait se débrouiller compte tenu de ses multiples voyages en France. De cette période elle avait acquis un caractère bien trempé et l'habitude de ne rien gaspiller. Elle avait la main verte et des astuces de vieux jardinier comme le bagage des pieds de tomate avec des morceaux de tuyau de cuivre qui évaitait les traitements. Elle se souvenait avoir vu passer dans les années 40 les bataillons Mongols enrôlés dans l'armée Allemande et des nuages de poussière que dégageaient les trâineaux que tiraient leurs chevaux. 

Elle racontait souvent ses jeunes années en Italie, la bataille de Caporetto où Autrichiens et Allemands repoussèrent les Italiens lesquels durent se rendre.Elle se souvenait d'avoir vu les canons Allemands dans la cour de la ferme ainsi que des tractations qu'il leur fallait pour éviter de se faire voler le linge pour faire des cibles ou les animaux de la ferme. À 100 ans elle s'est éteinte, après une vie de travail, de courage et d'honnêteté. 

Cette entreprise s'est depuis les années 50 un peu développée et pour ceux qui ne la connaissent pas déjà, son métier est la conception, la commercialisation et production de portes de communication intérieures en bois destinées aux logements et bâtiments tertiaires neufs. Elle emploie plus de 220 personnes et est à l'origine de quelques-uns des nouveaux standards du marché de la porte intérieure. Sa créativité s'exprime dans sa signature "les idées qui font la différence". Ses clients sont principalement des négoces de matériaux pour professionnels (exemple: Point P). 

En 1966, à l'aube du premier virage stratégique, les chiffres clés de cette époque sont :

  • Production journalière : 800 unités.
  • Superficie de bâtiments : 3500 m2.
  • Nombre de salariés : 50

À cette époque, le marché de l'entreprise est encore régional et les produits fabriqués sont très basiques. 

À partir de 1968, mon père a compris qu'il aurait du mal à croître dans un marché où il y avait beaucoup de fabricants. Il a donc recherché des partenaires qui tout en restant indépendants juridiquement accepteraient de se regrouper au sein d'une filiale de commercialisation commune. Constitué de trois autres entreprises du Sud-Ouest, ce groupement commercial est devenu petit à petit le leader Français du marché.

Quelques dates qui ont marqué notre histoire: 

  • 1972 : Emménagement sur le site actuel de la route de Verteuil.
  • 1984 : Scission du groupement commercial, dépôt de bilan et retour à l'independance.
  • 1994 : Introduction en bourse au second marché puis 10 ans plus tard, le retrait. 
  • 2006 : Righini exploite une quinzaine de brevets, marques et modèles. 
  • 2007 : L'entreprise a reçu de l'INPI le trophée de l'innovation pour sa politique d'innovation et de protection (29 brevets, marques ou modèles déposés et en exploitation). 

L'une des caractéristiques de l'entreprise est notre politique d'investissement ambitieuse pour acquérir des savoir-faire pour se différencier. C'est en effet plusieurs millions d'euros qui sont investis régulièrement en matériels nouveaux et les bâtiments pour les abriter. 2019 n'échappe pas à la règle avec la construction de 11000 m2 de bâtiments industriels et bureaux pour près de 5M € et du matériel nouveau pour près de 6M €.

Une autre caractéristique ets une certaine bienveillance dans le management qui malgré les difficultés a faire évoluer la nature humaine s'attache à obtenir une forte implication par la reconnaissance des individus, ainsi qu'un droit à l'erreur.

À ce jour et pour nos 60 ans d'existence, nous produison sde 730 à 750000 unités par an, la superficie des bâtiments (hors cours) est depuis mi 2020 de l'ordre de 55000 m2. Le chiffre d'affaire 2018 était de 48 milions d'euros après une croissance supérieure à 40% sur les trois dernières années.

Conclusion :

Sans se plaindre, avec opiniâtreté, la famille a construit une des premières entreprises de la commune et elle a conscience de la chance qu'elle a eue en permettant à ses ancêtres de pouvoir vivre et se réaliser dans ce pays. 

C'est un modèle qui me permet de relativiser l'importance des malheurs dont nous n'arrêtons pas de nous plaindre et de vouloir construire un avenir pérenne et une sécurité suffisante et partagée. 

Merci à eux.