Moïse-Jean-Frédéric Dainial, l'oculiste des palombes.

Article signé Alain Glayroux. Nos remerciements à Mme Josette Audignon.

M. Frédéric Dainial est né le 27 décembre 1890 à Tonneins. Il est le fils de Pierre Dainial et de Lucie Fromentière. Il est sous les drapeaux quand il épouse à Tonneins, le 28 octobre 1915, Denise-Adrienne Dumail. De cette union naîtront Gisèle, Raymonde, Josette, Arlette et Colette.

Nous avons réalisé cet article grâce aux documents et aux souvenirs de Mme Josette Audignon, fille de Frédéric Dainial.

Nous devons à ce Tonneinquais, une invention insolite, « les œillères », qui améliora très nettement la vie du pigeon ramier appelé plus communément « palombe ».

Dans son magasine du dimanche, le journal La Dépêche du Midi titrait le 1er avril 1956 : « Un artisan de Tonneins est devenu l’oculiste des palombes ».

L’auteur de cet article, M. Raoul Lambert continuait son récit en ses termes : « … Il faut apprécier l’utilité du métier de fabricant d’œillères pour palombes, savoir de quelles cruautés étaient capables les chasseurs. Il était en effet, de coutume de crever les yeux des palombes vivantes destinées à servir d’appât. Cette terrible pratique avait pour but d’empêcher l’oiseau de s’affoler au passage du vol de ses congénères. Ainsi, parce qu’il avait le cœur sensible, un habitant de Tonneins, M. Frédéric Dainial, fut- il amené à concevoir un système destiné à éviter l’aveuglement définitif des palombes. Et, depuis, vingt ans, M. Dainial taille dans le celluloïd des œillères. Il a fabriqué lui-même un petit outillage spécial, comprenant presses et matrices.

Rien n’a été négligé dans l’élaboration de ces fameuses œillères : un petit canal, creusé dans le celluloïd, permet même l’écoulement des larmes que verse en abondance l’oiseau durant son aveuglement passager … ».

Dans un premier temps, pour réaliser les œillères, M. Frédéric Dainial se fournissait chez M. Tronchet, chez qui il récupérait les cols de chemises en celluloïd.

Perfectionniste il passe des heures et des jours devant son établi, pour améliorer le confort des palombes, aidé en cela par un petit outillage fabriqué par ses soins.

Sa fille se souvient que de temps en temps elle aidait son père à acheminer les différentes commandes chez de nombreux particuliers du tonneinquais. Sans compter les envois par la poste.

Mais ce que ne relate pas la presse, mais qui est toujours dans la mémoire de Mme Josette Audignon, c’est que l’invention de son père, fit des envieux et un tonneinquais, dont nous tairons le nom, chercha à s’approprier cette découverte.

S’en suit un procès où fort heureusement, notre inventeur eut gain de cause. M. Frédéric Dainial consacre un demi-siècle à cette invention.

Invention qui fut notamment salué par un occitaniste toulousain, Danton Cazelles (Jan Pitchou), qui à la lecture de l’article de journal, prit sa plume et le congratula dans une lettre dont nous vous laissons découvrir quelques extraits :

« …votre remarquable invention appelée à supprimer désormais l’effroyable martyre auquel on soumet, dans les Landes, ces malheureuses victimes « les palombes appeaux … votre portrait me révèle un visage franc surmontant un cœur d’or …  Recevez mes vœux bien sincères d’un poète paysan … ».