Texte biographique : Annie Timbeau-Rapin
La famille du comte Gaston Lagrange-Ferrègues était originaire du Vivarais, comme celle du pasteur Lagarde. L’un de ses ancêtres, Louis, avait épousé en 1590 au château d’Artigues (près de Grateloup), mademoiselle Jeanne de Boissière, fille de Jacques Boissière, sieur de Ferragus.
La seigneurie de Ferragus porte le nom de Ferrègues. Elle se situe à l’Est de Tonneins, non loin du hameau de « Las Campagne », au-dessus du ruisseau Caillou.
Au XVIème il y avait là un petit château-fort comportant trois tours carrées. En raison de sa proximité avec Tonneins-Dessus, et parce que la famille appartenait à la religion réformée, Ferrègues fut plusieurs fois ravagée par des gens de guerre. On a trouvé sur son territoire des boulets et des balles de couleuvrine. La demeure était en si mauvais état qu’en 1626, Anne Gaissies, épouse de Théophile de Lagrange-Ferrègues la fit rebâtir. Le 31 janvier 1637 après un prêche, un pasteur y baptisa Charles de Lagrange-Frrègues. Plus tard, Renaud de Lagrange-Ferrègues, ancien lieutenant de chevaux légers au régiment Clairambault (garde personnelle du roi), avait refusé d’abjurer et perdu sa charge. Il épousa le 20 janvier 1622 à Ferrègues, une tonneinquaise, Marthe Juge. Deux de ses parents, Arnaud de Lagrange-Ferrègues en 1665 et Aaron de Lagrange-Ferrègues en 1698 ont appartenu au Consistoire protestant de Tonneins.
Le 10 décembre 1704, par décision d’Yves-Marie de la Bordonnaye, intendant de justice de la généralité de Bordeaux, le sieur de Lagrange-Ferrègues, écuyer, fut nommé Consul de Tonneins-Dessus.
Les autres branches de la famille de Lagrange-Ferrègues s’étant éteintes, la branche tonneinquaise reprit le titre de comte vers 1800.
Le château se trouvait de nouveau en si piteux état qu’il fut complètement démoli en 1850 et remplacé par la belle gentilhommière qui existe toujours.
Le grand-père de l’écrivain, Alban, appartenait au groupe des fondateurs d’Arcachon.
Jean-Georges-Gaston, comte de Lagrange-Ferregues naquit à Bordeaux le 17 août 1878 ; très intelligent, éclectique, il poursuivit avec succès des études de commerce et d’histoire. Il montrait un goût prononcé pour les recherches historiques et héraldiques. Il devint administrateur de plusieurs sociétés, notamment la Mutuelle du Mans. Malgré ses activités, ses déplacements, il trouvait le temps de faire des recherches, en particulier aux Archives de France, à la bibliothèque Nationale et d’écrire. Le 6 juin 1907 il fut élu membre correspondant de la Société Académique du Lot-et-Garonne, parrainé par l’abbé Dubois et M. René Bonnat. Il devint membre résidant en 1912.
Il décéda en 1972, âgé de plus de 90 ans. Il repose à Sainte-Gemme, non loin de Buzançais, dans l’Indre.
Ferrègues fut acquis en 1924 par la famille Chaudruc, négociants en chaussures à Tonneins. Il est actuellement la propriété de la famille Ibres.
Les descendants de l’écrivain ont déposé le fruit de ses travaux aux Archives départementales du Lot-et-Garonne.
Voici ce que M. Paul Jeantin a écrit, (entre autres) à son sujet dans la chronique nécrologique qu’il rédigea pour la Revue de l’Agenais :
« … La Société des Sciences, Lettres et Arts d’Agen, s’honore d’avoir compté parmi ses membres ce travailleur infatigable, ce savant confrère qui l’a tant de fois fait bénéficier de ses patientes recherches. La longue liste de ses travaux marque assez l’étendue de notre dette de reconnaissance. Nous perdons en lui un ami fidèle, un guide avisé, un historien de talent… ».
Liste de ses articles et travaux publiés dans la Revue de l’Agenais de 1909 à 1970 :
Un corsaire agenais : Pierre-Alexandre Marraud Dupon de Castelmoron,
A propos du livre de raison de Pierre de Catuffe,
Remarques sur la médecine à l’époque du Malade Imaginaire,
Maîtres d’armes français en Russie au XVIIIème siècle,
Une erreur héraldique : les armes de Tonneins,
Le livre de raison de Françoise Farge d’Unet,
Juan le jeune, dit Marat, à Tonneins la Montagne,
Affaire Tronche contre Jouan le jeune,
Une ancienne boucherie communale,
Le bien des pauvres à Tonneins,
L’émigration aux colonies au XVIIIème siècle,
Sur Madame Cottin,
Marie Farges et le comte de Lavalette ;
Question au sujet d’un bâtard d’Henri IV et de Marianne Alespée,
Nérac, le charbonnier de Capchicot,
Nérac, la Noue, dit bras de fer,
Nérac, entrée à Nérac de Marguerite de Valois,
Nérac, la maison d’Arthus de Bretagne,
Nérac, Jean-François député à l’Assemblée Nationale, 1789,
Nérac, Marianne Alespée,
Nérac, le jardin du Roi,
Nérac, le collège royal de Nérac,
Nérac le Présidial de Nérac,
Nérac, le temple de Nérac et son méreau,
Nérac les fournisseurs de la reine,
Nérac, notes sur la Garenne,
Nérac, les terrines de Nérac,
Nérac, présence des ducs de Bouillon à Nérac,
Nérac,
Un régicide anglais à Nérac,
Talauresse, seigneur du Saumont,
Notes sur Jehanne d’Albret,
Le tabac en Agenais,
La seigneurie de Roquefère,
Le chapitre de Casteljaloux,
Autour de l’Oecoïatrie,
Notes sur la famille de Viau,
Le parc de Durance,
Le Mémoire de Casteljaloux,
Milady Montagu,
L’infortune d’un Marmandais,
Dayelle,
Vénération des onze vierges en Gascogne,
Notes sur la seigneurie de Castelvieil,
La confrérie des boulangers de Tonneins-Dessus,
Maître de danse et autres,
Les juges et leurs lieutenants,
Le poids public,
Les arquebusiers,
Tanneurs et tanneries,
Les orfèvres,
Les apothicaires,
Les hôtels et les valets de ville,
Les perruquiers barbiers,
Les notaires,
Médecins et chirurgiens.
Aux Archives départementales on dispose encore de onze gros registres manuscrits. Les uns sont consacrés aux familles de Tonneins (775 noms étudiés) et des environs (Clairac, Grateloup, Unet, Varès etc).
D’autres concernent les pasteurs protestants de l’Agenais et de l’Albret, ainsi que des familles de Nérac et Casteljaloux.
Il y a également de nombreuses feuilles de notes diverses, des dessins, des plans etc.
Les propos qui suivent sont de notre historien, après avoir épinglé un jeune sous-préfet du Néracais, pour une notice sur la ville de Nérac, que lui a soufflé un tiers :
« … Que les traditions et les légendes sont des guirlandes dont on a coutume de parer l’histoire.
Elles sont parfois si admirablement tressées, qu’on les préfère à ce qu’elles décorent.
Les rives de la Baïse sous le Premier Empire produisent outre le blé, le vin, un produit spontané d’aucuns nomment galéjades… ».
