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Texte biographique : Alain Glayroux

Barthélémy Lacroix est né à Tonneins en 1791 et décède à Arles en 1867.

Nous vous laissons découvrir la préface de ce mémoire :

Je donne au public l'histoire de plusieurs affections qui attaquent fréquemment les grands animaux domestiques. Ayant exercé long-tems avec quelques succès la Vétérinaire dans une contrée peuplée de diverses espèces, j'ai été à portée d'étudier leurs maladies, de comparer les aspects multipliés qu'elles prennent chez tels et tels individus, de pratiquer les opérations nécessaires à une prompte guérison, enfin d'asseoir un jugement raisonné des causes et de leurs effets qui amène insensiblement à la découverte des moyens convenables pour les prévenir.

Assuré que des monographies exactes et circonstanciées, permettant de suivre la nature pas a pas, d'entrer dans le détail des moindres anomalies, en écartant les systèmes et toute explication ambiguë des phénomènes, doivent servir de fondement à la vétérinaire de tous les temps et de tous les pays, on ne trouvera ici que des descriptions d'accidents accompagnées des traitements curatifs et préservatifs ; je me suis efforcé de rendre leur exposé succinct et les traitements d'une application facile, sans perdre l'occasion de signaler ceux de ces derniers qui pèchent par leur peu de liaison aux lumières pathologiques, thérapeutiques, d'à présent.

Cette manière d'écrire en médecine me semble d'autant plus préférable, qu'elle conviendra toujours aux esprits amis de la vérité, et qui dédaignent les raisonnements, subtils par conséquent obscurs, qui la plupart du temps ont été la base des théories les plus erronées.

Afin de réussir dans ce genre, on se pénétrera de l'importance de l'anatomie pathologique, source féconde à laquelle il faut avoir recours pour agrandir et éclairer le domaine de la physiologie.

Elle nous apprend à distinguer les désordres morbides, résultat d'une affection aiguë, des lésions chroniques ou autres devant leur existence à une cause différente de celle qu'on était appelé à faire cesser. Les autopsies qui nous révèlent le véritable siège du mal, nous guident aussi pour le vaincre en le combattant soit directement, soit par des détours combinés avec sagesse et étayés de l'expérience.

Si je n'avais pas craint de trop présumer de mes forces, j'aurais pu grossir le nombre de ces monographies en décrivant encore ou des affections déjà bien connues ? Mais peut-être pas dans toutes les formes qu'elles revêtent, ou d'autres, sur lesquelles on n'a recueilli que des notions légères et incomplètes, et qui méritent par leur importance et leur singularité une étude longue et réfléchie.

L'enchevêtrure, par exemple, accident ordinairement si simple auquel sont exposés les animaux du plus grand prix, donne lieu, lorsque ce déchirement à la peau est profond et traité avec négligence à une production grisâtre, dure, cartilagineuse, remplissant quelquefois, à l'instar d'un bourrelet du diamètre d'un pouce et souvent davantage, le pli entier du paturon ; laquelle prend sa naissance des fibres mêmes des tendons des muscles fléchisseurs du pied. Dans le principe, tant qu'il y a douleur, chaleur et boiterie considérable, on peut espérer la guérison ; en commençant par de nombreuses scarifications sur la couronne qui occasionnent une saignée abondante on extirpe ensuite tout ce que la feuille de sauge peut atteindre et on cautérise le reste ; j'indique seulement ce moyen, on procédera d'ailleurs selon les indications.

J'ai observé le ramollissement du cerveau chez des poulains et des taureaux de quinze et dix-huit mois ; je dirai que les sujets deviennent aussitôt très-maigres, poussent constamment avec la tête, grincent des dents, éprouvant quand on les met dehors le besoin de tourner en marchant d'une manière chancelante, ne voient dans le plus grand nombre de cas que d'un œil et imparfaitement ; ces derniers symptômes en particulier n'annoncent que l'altération d'un lobe unique de cet organe, et l'autopsie a toujours confirmé mes conjectures. La fin de l'individu, hâtée par l'abatage, ne paraît devoir être la suite, après un laps de temps considérable, que de l'interruption lente des fonctions essentielles à l'entretien de l'économie.

L'érysipèle facial qui attaque d'abord le front, gagne le chanfrein et détruit promptement le derme, n'est facilement arrêté que par le cautère actuel.

La rupture imminente de l'aorte antérieure ou postérieure provoquée par une course rapide, un effort pénible et annoncé par l'air inquiet de l'animal les battements précipités du cœur, la plénitude et la vitesse du pouls, symptômes qui cèdent à des saignées copieuses, mais qui se renouvèlent quatre ou cinq jours plus tard, cause subitement la mort, et ne laisse après elle que des traces légères d'anévrisme faux primitif, ce qu'on peut toujours augurer des signes qui précèdent, etc.

Voilà des affections qui demandent des recherches nombreuses, et dont j'ai appréhendé d'entreprendre l'histoire, espérant recueillir de nouveaux matériaux qui me permettent d'en tirer des inductions précises et invariables ; et qu'en attendant, je recommande aux talents des vétérinaires qui, exempts de préventions, ne veulent accroître leurs lumières que par l'observation des faits et des conséquences rigoureuses qu'ils peuvent fournir.