







Texte : Joël DURANR, archiviste de la Ville de Tonneins.
Lorsque les Tonneinquais se promenaient dans leur Ville jusque dans les années 1960, entre la Mairie, le jardin public et le kiosque à journaux, ils empruntaient le boulevard Novello (aujourd’hui avenue Charles de Gaulle). De nombreuses cartes postales du début du XXe siècle témoignent de l’animation de cet axe.
Pourtant même les plus anciens des Tonneinquais auraient alors eu de la peine à se souvenir de l’origine du nom de cette artère, ainsi renommée en 1871 pour rendre hommage à Tobie Novello, figure de la Ville de Tonneins au mi-temps du XIXe siècle.
Origines italiennes et carrière militaire
Tobie Novello est né le 13 avril 1789 à San Stephano Belbo1 dans une Italie à l’époque encore morcelée. Il est alors sujet du roi de Sardaigne, de la maison de Savoie. La Révolution Française débute quelques mois plus tard. Dans sa jeunesse, le Piémont est occupé par les armées françaises en 1796, devient une République Sœur en 1798, est rendu au roi de Sardaigne entre 1799 et 1800 puis, de nouveau repris par les troupes françaises, redevient une République Sœur avant d’être annexé en 1802 par la République puis l’Empire français.
En 1807, âgé de 18 ans et résidant à Verceil (ou Verceli), Tobie est appelé sous les drapeaux comme conscrit. Il entre au service dans le 88e Régiment de l’armée impériale le 19 mars 1808. Tobie doit s’avérer un excellent soldat puisqu’il est promu caporal le 1er décembre 1808 et sergent dès le 1er avril 1809. Nous ne savons malheureusement rien des campagnes auxquelles il a pu participer pendant ces premières années.
En 1810 Tobie Novello rejoint la 1e compagnie du 3e bataillon auxiliaire de ligne. Tobie participe alors aux campagnes de 1810-1813 de la terrible guerre d’Espagne puis à la campagne des Pyrénées en 1814 lorsque les troupes françaises doivent reculer pied à pied devant l’invasion Anglo-espagnole de la France.
Nous n’avons pour l’instant pas retrouvé trace de la suite de sa carrière militaire qui du pourtant être brillante. Tobie Novello est en effet désigné comme « capitaine » dans son testament ainsi que dans un ouvrage rédigé par un ancien maire de Tonneins, Émile Couach.2 Il est aussi qualifié d’« officier retraité » dans le recensement effectué à Tonneins en 1841. Son portait en tenue d’officier est tout autant révélateur comme la légion d’honneur qu’il arbore3.
Adjoint au maire de Tonneins et officier d’État-Civil dans les années 1840
Sans doute dans les années 1830, Tobie Novello se marie à une Tonneinquaise, Anne Véronique Dupuy.4 Sa carrière militaire achevée, il s’est retiré à Tonneins où il réside au moins depuis 1841 comme les recensements le prouvent. Il y devient propriétaire et rentier.
Tobie Novello devient par la suite adjoint au maire de Tonneins dans les années 1840 et au moins jusqu’en 1848.2 Il est aussi officier d’état civil de la Ville entre 1843 et 1848. Il sera encore membre de la commission administrative provisoire de la commune, dans les premiers mois de la IIe République.
Legs à la commune
Passé la soixantaine, veuf d’Anne Véronique Dupuy en 1852, Tobie Novello n’exerce plus aucune responsabilité publique. Il décède à Tonneins le 10 mai 1867.
Tobie Novello avait auparavant légué à la Ville, par testament olographe du 10 mai 1866, des rentes et titres dont les intérêts devaient être utilisés pour :
- Récompenser les « militaires décorés de la médaille de Sainte Hélène mais résidant dans la commune de Tonneins »
Crée sous le IIIe Empire, cette médaille récompensait les vieux grognards napoléoniens qui avaient comme Tobie participé aux campagnes du 1er Empire et étaient encore en vie. Se rendant compte qu’en quelques années « ces vieux débris » se seraient tous éteint, il prévoit aussi que cette récompense puisse par la suite être versée à « tous les militaires, de toute arme, retirés du service et ayant domicile dans la commune de Tonneins. » ;
- Être alloué « un ou bien deux employés au service de la Mairie. » ;
- « Acheter et entretenir un char mortuaire à quatre roues » permettant aux convois mortuaires de rejoindre le nouveau cimetière de Germillac.
Deux autres legs sont aussi fait dans ce même testament à l’hospice et au Bureau de Bienfaisance de la Ville. Dans la délibération qui donne son nom à un boulevard, le Conseil Municipal rappelle en en 1871 ces « divers legs faits aux pauvres et aux établissements de bienfaisance », témoignage « des marques d’une libéralité sans exemple dans notre Cité. »
Tobie Novello lègue aussi à la commune sa Légion d’Honneur, sa médaille de Sainte Hélène et son portrait.
Par cet article, nous témoignons et rendons enfin hommage à ce Tonneinquais oublié, premier italien connu à s’être installé dans notre Ville et à avoir œuvré pour ces concitoyens.
Joël Durand, archiviste de la Ville de Tonneins, 29 janvier 2026
1 Selon sa fiche militaire il est né à « Verleil », en fait Verceil ou Verceli, chef-lieu pendant la période napoléonienne de la Sésia, un des départements français situés en Italie. Selon son acte de décès et son testament, il serait plutôt né à San Stephano Belbo, une toute petite ville de la province de Cuneo.
2 Émile Couach, Les Révolutions à Tonneins - La République de 1848. Le coup d'État du 2 décembre 1851. L'Empire. La République de 1870, éd. Imprimerie G. Gounouilhou, Bordeaux, 172, p 67.
3 Les archives actuelles de la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur ne contiennent malheureusement pas le dossier personnel de Tobie Novello, la plupart des documents originaux des récipiendaires ayant été détruits lors de l’incendie du Palais de Salm en 1871.
4 Leur acte de mariage n’a pu être retrouvé ni à Tonneins ni en Lot-et-Garonne. Son lieu et sa date restent encore inconnus. La probabilité est forte qu’il ait eu lieu dans la commune de casernement de Tobie Novello …











