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Texte biographique : Alain Glayroux

Roger Fouragnan est né à Layrac le 14 janvier 1924 et décède le 21 avril 1997 à Pessac.

Roger est le fils de Pierre Fouragnan et de Marie Pouyleau. Roger épouse le 6 avril 1946 à Layrac, Yvette-Lucie-Marie Brocard. De cette union naissent : Marie-Claude, Annie et Hélène (sœurs jumelles) et Geneviève.

Pendant plusieurs années Roger travaille aux établissements Kirpy, dans sa ville de naissance. Puis un copain lui conseille de passer l’essai d’ajusteur à la Manufacture des Tabacs de Tonneins.

Pendant un an, tous ses soirs de libres, il les passe à se faire la main à la lime (ajustage) et enfin en novembre 1952 il est convoqué pour passer le test d’embauche, qui dure 30 heures. Le 8 décembre 1952 Roger reçoit le résultat de l’examen qui lui confirme qu’il est reçu, et le 1er juillet 1953, Roger fait son entrée comme ajusteur mécanicien à la Manufacture des tabacs de Tonneins.

En 1962, Roger rejoint le syndicat CGT et en janvier 1963 ses camarades lui proposent de rentrer au bureau syndical. Dans la foulée, il est élu délégué du personnel. Au départ à la retraite de Georges Dubourdieu, en 1966, il est sollicité pour être le secrétaire général du syndicat CGT et le restera jusqu'en 1982. Il est un des animateurs de la grève de la Manufacture lors des événements de mai 1968. Il devient ensuite secrétaire général de l'Union locale CGT de Tonneins et le reste jusqu’en 1985.

En parallèle il occupe les fonctions d'élu prud'homal et de conseiller municipal de Tonneins (1983-1994). Il est un fervent militant de l'Action Catholique Ouvrière.

Nous vous laissons découvrir quelques anecdotes relevées par Roger concernant le mouvement social de mai 1968, et pour plus de détails sur cette période nous vous invitons à lire le livre de Bernard Lareynie :

« …Nous apprenons que, sur l'initiative d'un employé, D… C., tous les matins, des ouvrières vont à l'immeuble de Tapol se faire pointer comme étant non-grévistes. D'une dizaine au départ, au bout de quinze jours elles sont une cinquantaine. Nous verrons plus loin les conséquences… ».

« …Une ouvrière, A…, un matin vient faire un scandale devant la porte de l'usine, et menace d'aller chercher un marteau pour enfoncer le piquet de grève… ».

« …Un chef d'atelier, nommé P…, se trouve dans son bureau, alors qu'il n'est pas passé par la porte d'entrée. Après une filature, nous constatons qu'il pénètre dans l'entreprise en escaladant une clôture qui se trouve derrière le bâtiment. Le lendemain matin, depuis le premier étage, nous nous munissons d'une lance incendie, et juste au moment où il enjambe la clôture, nous l'arrosons. Il se met à crier, car comme notre lance était en sommeil depuis longtemps, c'est une eau boueuse qui en sort, et voilà donc notre sieur P… tout marron. Il n'est plus venu au travail. Nous profitons de l'aubaine pour sortir un tract où nous mentionnons que la sécurité est assurée car les lances à incendie fonctionnent très bien… ».

« …La gardienne des vestiaires arrive un soir pour nous porter des fraises et une bonbonne de vin, nous la croyons des nôtres, puis nous apprenons que tous les matins elle se fait pointer non-gréviste… ».

« …Au cours de la 2ème semaine de grève nous demandons à notre direction de verser un acompte à tout le personnel. Celle-ci accepte, mais il n'y a pas d'argent disponible à la Manufacture, il faut aller le chercher à la Trésorerie générale d'Agen. Nous partons à deux voitures ; dans la première, le chef des services administratifs et, dans la seconde, quatre copains armés de boules de pétanque, pour se défendre en cas d'attaque. Au retour, dès la sortie d'Agen, nous trouvons quatre motards de la route qui roulent vers Marmande. Le chef des services administratifs nous dit : "suivez-les". Mais, comme ceux-ci roulent à 30 kilomètres/heure, nous mettons plus d'une heure pour regagner Tonneins. Nous n'avons jamais su si cette escorte était improvisée ou si les motards étaient au courant de ce transfert de fonds. Car il faut savoir que nos dirigeants avaient très peur lors des événements… ».

Roger nous a confirmé que pendant cet évènement, seul le syndicat Force Ouvrière a toujours été au côté de la CGT.

Il n’est pas inutile de savoir que c’est un autre Roger, Roger Dupuy, qui était le responsable de l’organisation FO.

Les deux Roger se retrouveront dans les années 1980 sur la même liste électorale lors des élections municipales.

Ces deux fervents militants donneront sans compter de leur temps mais aussi de leur propre argent, pour aider de nombreuses et nombreux Tonneinquais dans le besoin.

Une autre facette de Roger Fouragnan est son engagement religieux. Toutes les semaines, Roger assiste à la célébration de la messe dominicale.

Très régulièrement l’office est aussi suivi par le Directeur de la Manufacture des Tabacs, qui lui aussi est très croyant.

Dans les souvenirs de Roger, que nous avons recueilli, il nous revient une anecdote :

« … Roger, suite à un accident de la circulation se retrouve à l’hôpital d’Agen. Il fait chambre commune avec un autre accidenté de la route, qui ne reçoit pas trop de visite lors de son séjour.

Par contre pour Roger on assiste à un défilé de militants, de salariés mais aussi des différents responsables ou notables, comme : Monseigneur l’Évêque d’Agen qui lui rend visite, le lendemain le responsable du Parti Communiste, les dirigeants syndicaux, FO, CFTC, Cgt, des Maires, Élus etc… Ce qui embrouille son collègue de chambre qui au bout de quelques jours lui demande : « mais vous êtes qui vous ? ».

 

L’auteur de l’article a milité avec cette figure Tonneinquaise, un sage parmi les sages.

Roger formait avec son épouse et confidente Lucette, un couple avec le cœur sur la main.

Grâce aux écrits de Roger nous avons pu assez facilement retracer sa vie de militant, mais nous n’avons pu vous restituer qu’un tout petit aperçu de son engagement sans limite.