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Texte biographique : Pierre Robin

Jean Dubourg est une personnalité marquante du Tonneinquais. Au cours de nos recherches, Alain Glayroux et moi-même pour la rédaction de notre livre en deux tomes sur l'histoire sociale du Lot-et-Garonne, nous avons rencontré à de nombreuses reprises le personnage dont la vie est indissolublement liée à l'histoire politique du département, et en particulier à la période de la III° République. Aujourd'hui, dans la Mémoire du Fleuve, nous présentons un aperçu relativement rapide de sa biographie, mais nous allons poursuivre les recherches, en espérant bientôt pouvoir publier une étude plus complète et plus détaillée.

Jean Dubourg est né à Fargues-sur-Ourbise le 16 novembre 1871. Il passe le brevet élémentaire en 1889, à l'âge de 18 ans. Il est élève de l’école normale à Agen jusqu’en 1891, c’est là qu’il devient partisan d’une transformation sociale et politique, le chef-lieu du département comptant déjà à l'époque des militants acquis aux idées socialistes. Après un bref passage dans le Lot, il est d’abord nommé à Tonneins en septembre 1894. Il réside dix ans dans cette ville jusqu'en 1904 et il ne tarde pas à devenir un ardent propagandiste des idées socialistes tant et si bien qu’en septembre 1904, il est sanctionné pour raisons politiques avec 5 autres collègues, il est déplacé et nommé à St-Pierre de Buzet. En 1905, il est membre du P.S.F (Parti Socialiste Français) et fait partie de la commission locale d’unification du courant socialiste alors divisé en plusieurs tendances.

La fédération départementale du nouveau parti unifié comptait 9 groupes organisés, et son influence va croître régulièrement, à l’image de la progression du parti au plan national. Au début du siècle, Jean Dubourg est présenté comme candidat du parti aux élections législatives. Les scores électoraux du parti resteront faibles et même très minoritaires pendant plusieurs années, mais J. Dubourg va se distinguer en améliorant ses résultats d'une façon significative. Aux élections législatives de 1906, il y a des candidats socialistes dans les différentes circonscriptions : la moyenne des voix sur l’ensemble du département est de 3,8% : 5,8% à Agen avec René Cabannes, 3,2% à Nérac, avec Jean Dubourg, 2% à Marmande avec Guitton, 2,6% à Villeneuve avec Olivié. En 1910, le PSU a renoncé a présenté des candidats dans les deux cantons de Marmande et de Villeneuve où les faibles perspectives électorales ne justifiaient pas un investissement militant et financier. A Agen, le candidat, Antoine Caval ne progresse pas par rapport au scrutin de 1906 (4,6% des voix), par contre, sur le néracais, Dubourg réussit une petite percée significative d’une légère modification des rapports de force électoraux (12,6%, soit une progression de 293% !). Aux élections de 1914, la poussée est confirmée dans le néracais, puisque le même candidat réalise le score appréciable de 21% des suffrages exprimés (le socialiste devient alors un candidat sérieux pour les radicaux, un adversaire que l’on ne peut plus traiter à la légère).

Dans cet arrondissement, les voix socialistes provenaient essentiellement des cantons de Damazan, Houeillès, Casteljaloux, Mézin, Lavardac c’est-à-dire, des lieux où se conjuguaient deux forces sociales en voie de radicalisation à cause de la dureté de l’exploitation subie, et qui étaient aussi héritières de traditions politiques nettement ancrées à gauche les métayers et les ouvriers bouchonniers.

Dans le néracais, Jean Dubourg fut deux fois frappé par la répression administrative. Après avoir été déplacé de Tonneins à Saint-Pierre-de-Buzet pour des raisons politiques en 1904, il fut de nouveau muté d’office en 1908, sous la pression des autorités religieuses qui ne supportaient pas son prosélytisme laïque. L’administration s’appuyant sur le prétexte qu’il fallait une institutrice pour diriger l’école mixte, l’obligea à partir enseigner à l’école de Saint-Gayrand. En 1912-1913, il fut de nouveau l’objet de “toute l’attention” de l’inspection académique qui lui infligea un blâme pour avoir signé le manifeste des instituteurs syndiqués et qui lui exprima sa réprobation à cause de sa présence au congrès de Chambéry des instituteurs.

Après la fusion, et son adhésion au P.S.U, il occupa très vite des responsabilités importantes dans le parti et fut délégué de la fédération du Lot-et-Garonne à plusieurs congrès nationaux, celui de Toulouse en 1908, de St-Etienne en 1909, de Nîmes en 1910. Bon orateur, il réussit à s’imposer, comme nous venons de le voir, comme candidat représentatif à l’occasion de sa participation à plusieurs élections législatives dans le néracais (435 voix en 1906, 2417 en 1914). Il représentait une sensibilité politique plutôt modérée (éloignée des traditions plus affirmées du P.O.F) : partisan du “bloc des gauches”, attaché aux accords avec les radicaux, il se désistera sans état d’âme en 1906 pour le radical-socialiste, Lagasse, limitant et édulcorant les critiques dans ses affiches électorales, alors qu’au même moment, au plan national, les relations s’étaient nettement détériorées et envenimées entre les deux alliés de la veille. Il fut aussi un des précurseurs du syndicalisme enseignant en Lot-et-Garonne puisque dès 1912, il signe un appel national aux instituteurs pour qu'ils se syndiquent. Ce geste lui vaudra les ennuis avec l'administration que nous avons évoqués plus haut.

Par ailleurs, il était également considéré comme un bon instituteur, attaché à développer les organisations laïques, périscolaires. A Saint-Gayrand, il créa cantine, patronage, société de gymnastique, et organisa une association de la jeunesse laïque, une caisse de crédit agricole, une mutuelle pour le bétail. Débordant d'énergie, il réussit ainsi à tisser des liens multiples avec la population et à se rendre populaire.

A la déclaration de guerre, en 1914, il est mobilisé du 1er mai 1916 au 18 mars 1917. Dès son retour, il reprend ses activités de militant et de candidat, et, les temps ayant changé, il réussit en 1919 à se faire élire d'abord conseiller municipal de Tonneins, puis conseiller général du canton ce qui représente un succès notable pour le parti SFIO.

En 1920, se produit le premier accroc dans la carrière de Jean Dubourg et le premier conflit d'envergure avec la famille politique à laquelle il appartient (il y en aura d'autres !). Le député, Jacques Chaumié, décède brutalement. Il faut donc organiser une nouvelle élection. Le congrès du parti SFIO se réunit à Miramont le 14 novembre 1920 pour désigner un candidat. La réunion est très tendue : une rivalité très forte se manifeste alors entre Renaud Jean et Jean Dubourg : celui-ci estimant sans doute qu’en tant que conseiller général de Tonneins, il est le candidat naturel du parti, aurait essayé d’exercer, selon les accusations de ses adversaires, des pressions sur le comité fédéral en suscitant des appels faussement spontanées pour sa candidature, d’organismes ou de groupements aussi divers que les chasseurs syndiqués, les anciens combattants, ou les syndiqués de telle commune de la circonscription.

On l’accuse en outre d’opportunisme pour s’être fait élire au conseil municipal de Tonneins sur 2 listes dont une, composée d’anciens combattants, comportaient des éléments antisocialistes “notoires” et aussi pour avoir soutenu à Houeillès la candidature d’un syndicaliste sans-parti, Batanis.

Jean Dubourg prend la parole pour se défendre et affirmer qu’il ne faut voir aucune ambition personnelle dans sa démarche, mais il est constamment interrompu par des insultes venant de la salle : “Jésuite !”, “Pourri !” ponctuent sa plaidoirie.

A l’issue des débats, un blâme est voté contre Dubourg par 60 mandats pour, 13 contre et 13 abstentions et Renaud Jean est désigné comme candidat du parti. Cet épisode cristallisera les tendances dans l’organisation lot-et-garonnaise, puisque Dubourg et le secrétaire de la section de Tonneins, Bitaubé, rejoindront plus tard la tendance minoritaire au plan national qui maintiendra la S.F.I.O au moment du congrès de Tours. Jusque là, il ne semble pas que Dubourg ait manifesté un désaccord avec la ligne majoritaire au niveau départemental, puisque les votes des congrès de Tonneins et du Port-Ste-Marie se sont faits à l’unanimité. Cependant, connaissant les positions politiques passées de Dubourg, teintées d’électoralisme et très conciliantes avec le radicalisme, on est en droit de s’interroger sur la profondeur de son soutien à des thèses qui s’inspiraient de la révolution russe. Toujours est-il que Jean Dubourg profondément déçu et choqué par le déroulement de ce congrès démissionne, accompagné de Bitaubé.

La section de Tonneins sera dissoute au congrès d’Agen, le 12 décembre, pour “manquements répétés à la discipline et compromissions électorales” (en fait la majorité de la section semble avoir été solidaire de Dubourg et de Bitaubé; lors de leur démission. Après le congrès de Tours qui voit la SFIO éclater et un nouveau parti se former, le parti communiste, Jean Dubourg essaye de maintenir en Lot-et-Garonne le courant SFIO auquel il est resté fidèle. Mais les difficultés sont grandes car le PC est hégémonique dans le département et les tentatives d'apparition du courant que représente Dubourg donnent lieu à des affrontements et à des accrochages parfois très vifs, comme en témoigne le déroulement d'une réunion publique à Tonneins en avril 1921, au cours de laquelle R. Jean et J. Dubourg se livreront à une joute oratoire, réglant leurs comptes en évoquant les dissensions récentes qui les a opposées.

Les premiers temps après la scission sont très difficiles pour la SFIO, l'organisation est très réduite et à part, Tonneins dont le conseiller général est Dubourg;, qui est en même temps secrétaire fédéral de 1924 à 1926, où il y a une activité réelle, partout ailleurs, les militants sont rares et isolés et les sections squelettiques.

Jean Dubourg, à la retraite depuis 1928, devient maire de Tonneins en 1929. Mais à cette époque il rentre en conflit avec la fédération départementale de la SFIO et préfère démissionner pour prendre l’étiquette de “socialiste indépendant”. Sous cette appellation, il conserve l’essentiel de sa popularité et de son influence locale puisqu’il est élu sans le soutien de la SFIO, conseiller général de Tonneins en 1931.

Pour les élections législatives de 1932, il réintègre le parti qui le présente à Marmande contre Renaud Jean. Mais son retour provoque une crise dans la fédération qui n’avait pas besoin de cela (en effet, elle était en train de se construire lentement, profitant des problèmes et de l’affaiblissement du P.C). Jean Dubourg est partisan du désistement au second tour pour les candidats communistes (En fait pour Renaud Jean à Marmande, puisqu’il n’y a que là que le problème se pose vraiment d’une manière décisive : y-a-t-il eu discussion entre lui et Renaud Jean pour parvenir à une entente ? c'est une hypothèse qui supposerait qu'une réconciliation est intervenue à cette époque entre les deux hommes).

Cette position est très mal acceptée à l’intérieur de la fédération, dont beaucoup de membres considèrent les communistes comme des ennemis irréductibles “manipulés par Moscou”, certains par anticommunisme viscéral et par hostilité à toute perspective de changement révolutionnaire, d’autres parce qu’ils n’apprécient pas d’être attaqués à longueur de colonnes dans les journaux du P.C.

Les trois opposants les plus coriaces sont, A. Barbariche, professeur à l’école pratique d’Agen, ex-secrétaire fédéral, J.R Larnaudie, notaire au Mas d’Agenais, qui a succédé à Barbariche comme secrétaire de la fédération en novembre 1931 et Mothe, publiciste qui est le gérant du journal de la fédération “le Cri Socialiste”.

Au congrès, la proposition de Jean Dubourg est majoritaire, aussitôt, les trois hommes démissionnent de la S.F.I.O.

Au premier tour, à Marmande, Jean Dubourg améliore nettement le score du parti puisqu’il obtient 14,3% (il respectera son engagement et se désistera pour Jean qui sera élu).

A partir de là, Jean Dubourg redevient un des dirigeants de la fédération départementale de la SFIO, alors en plein développement en profitant de l'élan créé par le Front Populaire. Aux élections municipales de mai 1935, la reconstitution de l’unité, le changement du climat social commencent à porter leurs fruits. La gauche unie, remporte 8 nouvelles municipalités et Dubourg est élu Maire de Tonneins. Il a alors 64 ans et il ne participera pas aux élections législatives de 1936 qui voient la victoire des partis de gauche, en effet, la fédération socialiste décidera de ne pas présenter, à cette occasion, de candidat contre Renaud Jean à Marmande. En 1937n il retrouve son siège de conseiller général de Tonneins. Il sera par ailleurs Maire de Tonneins jusqu’en 1941. Jean Dubourg mourra à Tonneins, la ville où il a exercé l’essentiel des ses activités politiques, le 12 janvier 1954, à l’âge de 83 ans.

Depuis la création de l’aile neuve de la Manufacture des Tabacs de Tonneins, le stade Jean Dubourg a disparu du paysage Tonneinquais, et le nom avec…