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Texte biographique écrit par Alain Ramonéda (actuel président des Pompons Bleus)

Gabriel Conduché naquit le 10 octobre 1891. Originaire de Villeneuve-sur-Lot, il était issu d’une grande famille, profondément chrétienne. Marqué de bonne heure par le signe de la vocation et du désir d’aider et d’aimer son prochain, faisant suite à son engagement d’enfant de chœur auprès de l’abbé Lanusse, il entra au petit séminaire. Elève appliqué prédisposer au travail intellectuel, doué et très intelligent, il y fit d’excellentes études et se fit remarquer par se résultats brillants. Logiquement, il rejoignit ensuite le Grand Séminaire d’Agen où il poursuivit avec bonheur et réussite ses études ecclésiastiques et sa préparation à ses futures fonctions sacerdotales.

Il n’avait que 22 ans lorsque la Grande Guerre éclata. Il s’engagea alors, rejoint par son frère Emile, dans le corps franc sur le front d’orient. Durant cette douloureuse période, il rédigea chaque jour un journal personnel qu’il fera plus tard partager à ses élèves, le jour de Fête de la Saint Gabriel à l’école Saint-Jean, comme un témoignage précieux de cette période éprouvante.

Son ordination à la prêtrise en fut malheureusement contrariée et retardée. Il sera pourtant ordonné prêtre le 20 décembre 1920.

Nommé vicaire et directeur de l’école Libre de Casteljaloux, celui qui était devenu « l’abbé Conduché » y dispensa durant quatre années son nouveau sacerdoce.

En fin d’année scolaire en 1924, il succéda à la direction de l’école Saint-Jean de Tonneins au chanoine Fourès nommé au collège Saint-Caprais d’Agen.

A la fin de l’année 1945, l’abbé Conduché fut nommé directeur et inspecteur diocésain de l’enseignement Libre, remplaçant à ce même poste le chanoine Marboutin qui avait démissionné. Il dut alors se dépenser sans compter afin de satisfaire ces deux fonctions extrêmement exigeantes. En 1945, on fêta dans la joie ses 25 ans de sacerdoce. En remerciement et reconnaissance de ces bons services, il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d’Agen. A cette occasion, il reçut des mains de l’évêque du diocèse, le « camail » de chanoine.

C’est en plein exercice du « royal emploi de son sacerdoce » comme il se plaisait à le qualifier, après la classe du matin qu’il s’effondra au pied de l’escalier, à midi ce samedi 4 janvier 1947. Il rendit son dernier soupir le lendemain à l’aube accompagné des premiers coups de cloches de l’angélus. Ses obsèques furent célébrées par l’abbé Lassort, archiprêtre de Notre-Dame de Tonneins. Une foule immense, empreinte de gravité, de recueillement, composée de toutes les classes de la société, se joignit au cortège auquel le clique des Pompons Bleus désormais orpheline, apporta d’émouvantes notes funèbres.

L’abbé s’en était allé, l’âme légère et le devoir accompli….

C’est en 1924 qu’un prêtre éducateur arriva à Tonneins en remplacement de l’abbé Fourès. Novateur et ambitieux, spirituel et profondément humain, l’abbé Conduché allait donner un élan nouveau et déterminant aux projets scolaires de l’école et aux activités périscolaires, notamment dans les orientations de l’enseignement musical et le développement des Volontaires Tonneinquais. Le jeune abbé voulut alors faire de l’école Saint-Jean « une grande famille vivant selon les préceptes de la morale chrétienne ». Le sport fut également mis à l’honneur. L’abbé souhaita aussi et surtout, que la musique soit enfin mise à la portée du plus grand nombre sans distinction de statut social.

Aux heures de gymnastique et d’éducation physique obligatoires s’ajoutèrent désormais des cours de solfège. Mais l’abbé souhaita que « ses petits » découvrent et fassent l’apprentissage des divers instruments de musique que constitue une harmonie. Son but final était de créer avec ses élèves une « fanfarette » indépendante des Volontaires Tonneinquais et constituée de jeunes, ayant déjà quitté l’école ou venant d’autres horizons.

Ainsi en novembre 1933, à la stupéfaction du Comité des Volontaires Tonneinquais, la « Fanfarette » de l’école vit le jour. Aux cours de solfège succédèrent les cours d’instruments gratuits prodigués par Monsieur Jean Jucla (bugle, alto, cornet à pistons, basse, trombone, trompette d’harmonie) et Monsieur Kopf (instruments à clés : saxophone, clarinette, flûte).

La « Fanfarette » et les Volontaires Tonneinquais allaient ainsi côte à côte, formés par les mêmes moniteurs et enseignants, l’abbé souhaitant éviter le mélange de « ses petits » et des grands. De ce fait, ils se retrouvèrent souvent chacun de leur côté dans divers concours et manifestations.

Furent d’abord intégrés les élèves qui avaient suivis les cours de solfège à l’école l’année précédente. Les premiers instruments furent prêtés par l’Harmonie Sainte Cécile grâce à Monsieur Kopf qui en était le directeur. L’abbé, toujours soucieux de partage et de probité, souhaita en retour mettre à la disposition de cet ensemble musical « ses petits musiciens » quand ils seraient formés et assurer ainsi un recrutement futur. « Tonneins doit avoir sa musique comme toute cité qui se respecte » affirma-t-il convaincu.

C’est en 1936 que les Volontaires Tonneinquais et la Fanfarette participèrent au concours de Sarlat. La prestation gracieuse et impeccable des deux formations précédées de l’abbé qui menait fièrement « ses petits » enchanta le public venu nombreux. La tenue originale et éclatante, ceinture de laine bleue, béret blanc avec un gros pompons bleu pendant sur la gauche du visage, ne passa pas inaperçue et la foule conquise les ovationna et scanda lors de leurs prestations :

« Qu’ils sont beaux… ces pompons bleus ! »

L’abbé, enchanté, accepte la formule et adopta… les Pompons Bleus en baptisant ainsi se petits musiciens. Il écrivit alors en mai 1938 :

« Les Pompons Bleus, pourquoi ce titre ? C’est au concours de Sarlat, il y a deux ans, que nos petits gymnastes ont été baptisés ainsi. Attendri et charmé de leur bonne grâce, de leur souplesse et de leur pimpant costume où se remarque, en effet, flottant sur l’oreille gauche un pittoresque pompon bleu, ils ont reçu ce surnom au milieu des sourires et des applaudissements. Ils nous ont semblé joli et nous l’avons adopté ».

Peu après la libération, en 1945, le maire de Tonneins, Monsieur Senez, émit le souhait de réunir les deux sociétés musicales de la ville, Cadet Tonneinquais et Pompons Bleus. La direction en fut confiée à Monsieur Mallet, professeur de musique officiant dans la ville. Malgré la bonne volonté initiale de chacune des parties, l’expérience de cette fusion tourna court, Messieurs Masset, directeur des cadets Tonneinquais, Mallet et l’Abbé Conduché ayant des conceptions bien différentes de la formation, de la musique et sans doute d’autres ambitions aussi. Les Pompons Bleus souhaitèrent alors regagner rapidement leur liberté. Certains éléments des Cadet Tonneinquais profitèrent alors de l’occasion pour rejoindre les Pompons Bleus. La fanfare reprit ses animations : fêtes et kermesses des écoles libres, fêtes votives etc. partout la vie retrouva un semblant de normalité et l’activité se restructura de nouveau. Avec les folles espérances de la paix retrouvée.

Quelques témoignages :

Un éducateur hors normes :

L’abbé était un éducateur avant-gardiste pour l’époque d’après-guerre et un novateur en matière d’activités périscolaires. Il forma un important groupe d’Enfants de Chœurs et développa le mouvement des Cœurs Vaillants, créa des heures obligatoires de solfège, de gymnastique, d’éducation physique et des équipes de basket qui étaient engagées dans des compétitions départementales. Tous les vendredis, en fin d’après-midi, pour la somme modique de 10 sous, il projetait à ses élèves des films qu’il recevait d’une société cinématographique. Mais par-dessus tout, dans un souci d’éducation de l’âme et du corps de ses « petits », souhaitant prévenir également l’oisiveté des vacances scolaires, il réalisa ses deux rêves qui lui tenaient tant à cœur : la colonie de Sainte-Eulalie, où nous avons été nombreux à nous retrouver durant des étés landais formateurs, mettant l’accession de vacances à l’océan à la portée des gens modestes. Armé d’une caméra, il immortalisait les séjours inoubliables de ses élèves. La « clique » des Pompons Bleus, suite éducative et artistique à l’enseignement musical déjà prodigué en milieu scolaire fut son second projet et sa plus grande fierté.

La famille Conduché :

Durant la Grande Guerre, Louis Conduché fut gazé et mourut dans les tranchés. Gabriel, futur fondateur des Pompons Bleus, s’engagea dans les corps francs sur le front d’Orient bientôt rejoint par son frère Emile. Ils participèrent tous les deux à la prise de Monastir le 19 novembre 1616 par Sarrail et les troupes franco-serbes.

Le pompon de Mme Conduché :

La tenue des enfants était blanche avec le béret blanc et une ceinture de laine bleue. Mais il manquait quelque chose de symbolique à la tenue qui apporterait une note de fantaisie. Madame Conduché, la mère de l’abbé, madame Jeanne Lacombe eut l’idée de confectionner avec la même couleur de laine que les ceintures, des pompons bleus qui furent cousus sur le sommet du béret.

Sans se douter de la notoriété qu’elles venaient de donner à ces bouts de laines regroupés en panache et sans savoir que ce geste serait repris des centaines et des centaines de fois par des mères, femmes ou filles de différentes générations…

Les « Pompons Bleus » était né…

Quel but poursuivons-nous ?...

« Donner à nos écoliers le goût d’un plaisir noble…Mettre une corde de plus à leur arc pour l’existence… Les attacher de plus en plus à leur école qui leur donne avec l’éducation religieuse, morale et l’instruction scientifique, toutes les distractions et les détentes nécessaires. La musique vient compléter ainsi un ensemble qui comprend déjà la colonie de vacances, la gymnastique, le sport, le cinématographe.

Abbé Gabriel Conduché novembre 1933

 

La devise de l’abbé :

Rendre les enfants aptes à devenir des hommes droit et généreux. « Qu’ils aient une âme saine dans un corps sain »