Texte biographique : Alain Glayroux.
Émile Boule est né à Tonneins. Lors d’une journée dédiée aux collectionneurs dans la salle des fêtes de la ville de Tonneins, nous avons eu le plaisir de trouver cet ouvrage. Nous avons eu connaissance de ce poète par l’historien Tonneinquais De Gibel.
Nous avons extrait la préface de ce livre intitulé « La Tzigane » :
« …Que ceux qui s’attendent à lire un chef-d’œuvre referment ce livre à la première page, car cet ouvrage n’est ni un chef d’œuvre, ni même une œuvre. Ces poésies ont été faites sans étude, c’est la fantaisie burlesque d’une imagination vagabonde qui n’a suivi aucune règle.
Elle s’est enfoncée sans guide et sans frein dans le dédale d’un monde idéal ou réaliste, sans se préoccuper outre mesure des rimes qu’elle n’a eu d’ailleurs ni le temps ni le talent d’enrichir. Je dois même ajouter que mes idées ne sont pas absolument neuves, elles sont un peu râpées aux coudes, et je souhaite qu’elles fassent les délices de tous orgues de Barbarie.
Le public est devenu difficile, étant gâté par d’excellents auteurs qui lui offrent toujours des œuvres nouvelles et remarquables. On ne lit plus aujourd’hui que pour s’amuser. Mais au risque de faire bâiller à bras tendus, j’ai l’honneur de présenter mes premières poésies qui m’ont coûté beaucoup de peine et peu de consolation, en gardant l’espoir que mes lecteurs voudront bien leur faire bon accueil. J’offre ce que j’ai et de bon cœur.
Cela étant-dit, permettez-moi d’ajouter que dans ma Tzigane, qui est le titre poème, je n’ai eu l’intention de viser que la lèpre des sociétés modernes : l’athéisme et ses conséquences, ce qui ne prouve pas que ce soit un ouvrage clérical. J’ai voulu tisser un fond de morale, tant pis pour ceux qui en jugeront autrement.
Ces précédents ne m’empêchent pas de reconnaître que le dix-neuvième siècle est une grande époque par ses découvertes scientifiques, par les beaux-arts et les belles lettres dont les perfectionnements et l’élégance ont atteint les sommets du monde devant lesquels tout pessimiste doit s’incliner.
J’ai tout simplement buriné du bout de la plume les mœurs de l’époque et les vices d’un petit coin de Paris. Le tableau a été fait d’après nature, sans fard et sans ménagement, avec la banalité que comporte un tel sujet. La jeune fille dont je parle dans la Tzigane est une bohémienne qui n’offre pas beaucoup d’intérêt, étant de celles dont la société est repue et que l’on trouve encore sur nos boulevards avec tous les clinquants de la coquetterie. Quant au jeune homme, c’est celui qui mérite peut-être le plus d’indulgence, parce qu’il a le plus aimé une femme qui lui était infidèle. Son amour était vrai, car il aimait toujours cette Jeanne qu’il suivit pas à pas dans le monde, tandis qu’elle l’oubliait dans les plaisirs. Donc pitié, clémence, et ne me condamnez pas. Vous ne devez pas connaître le troisième personnage. Laissez-le passer dans Paris comme dans un rêve, vous le plaindriez peut-être aussi si vous le connaissiez davantage. Ce n’est pas celui qui a le moins souffert… ».
Lauzun, le 9 septembre 1884, Émile Boule.

