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Pour ce portrait signé Alain Glayroux nous sommes aidés de son petit-fils Jean-Max Laborde, de Marie-Françoise Biz, sa petite fille; de Delphine Laborde, son arrière-petite-fille, et de son cousin Michel Ortiz.

Maxime-Pierre est né le 11 mars 1902 à Tonneins. Maxime est le fils d’Antoine Badie et de Jeanne Bruzac.

Maxime épouse le 17 janvier 1925 à Clairac Marthe-Renée Dubos. De cette union naissent deux filles jumelles, Yvette-Lucie et Sylvette-Berthe, le 15 août 1926 à Tonneins.

Maxime Badie tout comme son épouse est un militant socialiste mais aussi syndical et notamment à la CGT clandestine.

Pour ce portrait nous sommes aidés de son petit-fils Jean-Max Laborde, de Marie- Françoise Biz, sa petite fille, de Delphine Laborde, son arrière-petite-fille et de son cousin Michel Ortiz.

Toute ces familles ont mis à notre disposition tous les documents, photos etc que nous vous laissons découvrir et nous les remercions.

Comme pour son épouse Renée nous nous sommes aidés du livre "Résistances en Pays Tonneinquas", de Bernard Lareynie (Éditions La Mémoire du Fleuve).Nous vous proposons la lecture de quelques extraits de l’ouvrage :

« … Le mouvement Libération

Fruit des efforts d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et du petit groupe de la « Dernière Colonne » qu’il a constitué autour de lui, le journal « Libération » marque, dès son premier numéro paru à Clermont-Ferrand au mois de juillet 1941, la volonté de ses fondateurs de créer une véritable organisation de Résistance. Le mouvement Libération cherche à s’appuyer sur les forces politiques et syndicales de la classe ouvrière. Il souhaite rassembler en un seul mouvement syndicaliste de la CGT et de la CFTC, socialistes et communistes, tout en centrant son action moins sur l’anti-germanisme que sur l’antifascisme. « A la différence du mouvement Combat à qui ils reprochaient d’organiser la Résistance par le haut (…), les chefs de Libération pensaient que la tâche des cadres devait préparer un soulèvement populaire ».

Dans la région toulousaine, à laquelle est rattachée le Lot-et-Garonne, Libération se constitue au mois de novembre 1941 après une rencontre au café Barrie, à Toulouse, entre Emmanuel d’Astier de la Vigerie, le colonel Bonneau du groupe Liberté-Egalité-Fraternité (LEF), Fernand Brodier de la CFTC et Julien Forgues de la CGT. Le recrutement se fait à gauche, chez les socialistes et les syndicalistes. Le colonel Bonneau est choisi comme chef régional.

C’est probablement par le canal syndical que les premiers contacts sont pris à Agen. En effet, dans le Lot-et-Garonne, Libération prend forme, au début de l’année 1942, au sein du groupe de syndicalistes qui animent l’UD-CGT clandestine. Le mouvement recrute des militants de gauche d’origines politiques diverses : des communistes comme Gérard Duprat et Pierre Lespinasse ; des socialistes comme Denis Ginestet, Jean Bertin, Maxime et Renée Badie, un anarchiste, Gérard Duvergé. Gérard Duprat est nommé chef départemental. Plusieurs d’entre eux (notamment Duprat, Duvergé, Ginestet et René Badie) s’étaient déjà, quelques mois plus tôt, impliqués dans la création du Front national. Ils se consacreront désormais à Libération.

Les époux Badie de Tonneins participent dès le début à la formation et aux activités du mouvement Libération dans le département. Ils organisent des réunions clandestines chez eux et assistent à celles qui se déroulent à la Bourse du travail à Agen ou chez Gérard Duvergé au Passage-d’Agen. La responsabilité du canton et de quelques communes alentour est confiée à Renée Badie, qui prendra les pseudonymes de « la Blonde » ou « Tante Jeanne ». Son autorité s’exerce sur les communes de Tonneins, Clairac, Varès, Castelmoron, Grateloup, Laparade et Aiguillon où elle établit des contacts et recrute des militants pour le mouvement : Dubédat, Montardit, Giovannangéli, Géomar, Mensencal à Tonneins ; Paul Marcadet, Marcel Vigneau, Guillaume Le Goff, René Morichon à Clairac ; Dubourdieu à Laparade, etc.

Les Badie vivent alors à Tonneins, 11, cours de Verdun. Issu d’une famille des plus modestes – son père Antoine était journalier – Maxime Badie est né le 10 mars 1902 à Tonneins. A l’âge de 18 ans, il s’engage pour quatre ans dans l’armée le 14 août 1920, au 14ème Régiment d’infanterie. Pendant un an, de janvier à décembre 1921, il participe à l’occupation des pays Rhénans. Maxime quitte l’uniforme au mois d’août 1924 et épouse, à Clairac, le 17 janvier 1925, Renée Dubos, née le 21 mai 1906. De leur union sont nées deux filles jumelles : Sylvette et Yvette. Plus tard, la famille vit quelques années à Lyon (39, rue de la Balme dans le 3e arrondissement) avant de s’établir à Tonneins en 1935 ou 1936. Maxime exerce quelque temps le métier de boulanger. Son livret militaire nous indique qu’il est mobilisé le 26 août 1939, incorporé au 131ème R.I.R. puis classé sans affectation, rayé des contrôles et renvoyé dans ses foyers le 4 octobre de la même année. Il est alors embauché comme ouvrier à la manufacture des tabacs tandis que son épouse, Renée, mère au foyer, trouve un emploi d’ouvrière à l’usine de chaussures Hublot vers le mois d’octobre 1943. Militants socialistes tous les deux – Maxime était membre de la SFIO – les époux Badie avaient accueilli chez eux, dès les années 1936-1937, des républicains espagnols qui avaient fui l’avancée du fascisme dans leur pays… ».

« …Dès la fin de l’année 1942, Renée et Maxime Badie, avec le groupe Libération de Tonneins, mènent une campagne active contre les départs en Allemagne pour la relève des prisonniers puis, à partir du début de 1943, contre le départ des jeunes pour le STO. Ils dirigent vers des planques des réfractaires mais aussi des résistants “grillés” dans d’autres régions (Bordeaux, Charente, Seine-Maritime) qui arrivent par la filière Libération. Vers le mois de mars 1943, Edmond Parisse, un jeune métallo du Havre âgé de 21 ans et son père, militant communiste, sont recherchés par la Gestapo. Libération les dirige vers Tonneins. « Madame et monsieur Badie, écrit Edmond Parisse, m’ont hébergé quelques jours et Maxime m’a conduit au maquis de la Torgue. J’y suis resté quelques jours et, ensuite, je suis allé travailler dans une métairie à Villeton, chez monsieur Goubie. Par la suite, je suis reparti à Saint-Gayrand chez monsieur Larrat qui, la nuit, procédait au collectage du blé pour fournir du pain aux clandestins ».

Sylvette, une des filles Badie a alors 17 ans : « Dans les années 1936-1937, je me souviens que déjà, on accueillait à la maison des réfugiés espagnols. Il y avait toujours du monde. Pendant l’occupation, ce fut le tour des résistants, de ceux qui ne voulaient pas partir au travail obligatoire. Ils venaient, ils passaient la nuit, ma mère les aiguillait vers des fermes, des caches »… ».

« …Les déclarations de deux jeunes Tonneinquais – H.C. et Armand Garrigue –nous donnent un exemple qui illustre la façon dont se prennent les contacts entre réfractaires et mouvements de Résistance. Vers la fin du mois de septembre 1943, H.C., réfractaire au STO, et trois de ses camarades quittent un abri où ils s’étaient cachés en Corrèze. Ils gagnent Libos où ils passent quatre jours, puis rentrent à Tonneins où ils se réfugient dans une maison inhabitée appartenant aux parents de H.C. Le soir de leur arrivée à Tonneins, H.C. rencontre un de ses camarades nommé M., menuisier, à qui il demande de donner le bonjour à Garrigue, un de ses amis. Nous connaissons déjà Armand Garrigue, arrêté puis condamné à six mois de prison à la suite d’une distribution de tracts au mois de janvier 1943 à Tonneins, il avait été libéré au mois de juillet de la même année.

Parcourons sa déclaration : « Dans le courant du mois d’octobre 1943 (…) j’ai appris un soir à la sortie de mon travail, et ceci devant le café Fonteilles, que H.C. se trouvait momentanément chez lui et qu’il me faisait donner le bonjour. H.C. était un de mes camarades, je me suis empressé d’aller lui rendre visite le même soir après avoir pris mon repas. M’étant présenté chez lui, j’ai constaté qu’il se trouvait en compagnie de trois autres camarades que je ne connaissais pas. Nous avons parlé de tas de choses et, à un certain moment, H.C. m’a fait connaître qu’il était réfractaire et m’a demandé par la même occasion si je ne connaissais pas un moyen pour le faire embaucher et le mettre à l’abri. Je lui ai répondu que ce serait peut-être difficile, mais que je chercherais tout de même. Sachant que M. Badie s’occupait du placement des jeunes réfractaires, j’en ai causé à ce dernier le lendemain avant le repas du soir. Badie m’a alors dit de lui amener H.C. et qu’il trouverait une solution. Effectivement, je me suis rendu à nouveau chez H.C. et l’ai conduit chez M. Badie. (…) Je sais qu’à notre sortie H.C. m’a dit que son protecteur lui avait donné rendez-vous pour le lendemain soir avec ses trois autres camarades près du cimetière de Tonneins ».

Les hommes à cacher sont de plus en plus nombreux. Renée et Maxime Badie font appel à Fernand Ducasse pour qu’il trouve une place dans une ferme amie à tous ceux qui s’adressent à eux. Ceci contribue à renforcer localement les liens déjà étroits qui existaient entre Libération et le Front national. De cette coopération naîtra un peu plus tard le maquis de la Torgue… ».

« …Le 1er février 1944 vers 15 heures à Feugarolles, 400 personne environ sont rassemblées autour de la famille et de la sépulture de Gérard Duvergé.

Maxime et Renée Badie son venus de Tonneins pour rendre un dernier hommage à Gérard Duvergé, à la fin de la cérémonie des coups de feu sont tirés par un détachement de soldats allemands, qui arrêtent six résistants dont Maxime Badie et sont conduits à la caserne Lamouroux à Agen…

Maxime est transféré dans un premier temps à la prison Saint-Michel de Toulouse puis il est acheminé sur Compiègne.

Le 4 juin Maxime est déporté vers l’Allemagne, il sera interné à Hannover, Stöchen, puis Neuengamme, où il décède « gazé par les nazis » le 9 octobre 1944 à 7h50.

Maxime Badie avait 42 ans… ».