L'aquarelliste contemporain Christian Couteau

L’artiste peintre que nous vous présentons aujourd’hui n’est pas un inconnu des lecteurs de La Mémoire du Fleuve. En effet l’illustration de la page de couverture de son bulletin qui vous a accompagnés pendant 40 numéros est l’œuvre de Christian Couteau. De plus ce passionné d’histoire, de la nature et des vestiges a signé une quinzaine d’articles dans différents numéros de la revue. Pour 2022 nous mettrons en exergue le travail qu’il a réalisé sur le château de Tonneins- Dessous.

Christian Couteau est né à Aiguillon et a posé depuis 1975 ses valises à Tonneins. Il a tout juste 20 ans quand il s’engage pour 3 ans dans la Marine Nationale sur le porte-hélicoptères « Jeanne d’Arc » (spécialité : détecteur radariste).

Pour son plus grand bonheur et grâce à deux tours du monde, Christian découvre la majeure partie des continents (sauf les Indes et l’Australie).

Dans ses bagages il a notamment une Maîtrise d’œuvre bâtiment et quand il revient à la vie civile il devient Responsable technique à la direction des travaux bâtiments du Sud-Ouest d’un grand groupe industriel, qui a fait les beaux jours de Tonneins la Seita.

Christian est un artiste autodidacte et à la retraite il ne compte plus les œuvres qu’il a réalisé tellement sa palette est diverse : aquarelles, carnets de croquis, carnets de voyage, graphisme etc.

Christian est un aquarelliste reconnu. Il participe à de nombreuses expositions, à des salons internationaux. De par ses connaissances il est aussi jury dans des concours de peintres de rue, des salons.

Depuis 2014 il dirige une animation artistique à Aiguillon,  Le marathon du croquis ou « Sketchcrawl » lors du festival international d’aquarelles « Confluences ».

Il est aussi l’organisateur des journées Internationales du croquis aquarellé « BALADE  et BONNE MINE » en Lot et Garonne. (Rencontres estivales gratuites).

Depuis 2007 il est intervenu dans les écoles Primaires et Secondaires du Lot-et-Garonne où il initie les élèves à l’aquarelle à travers un « Carnet de voyage ».

Christian est invité et participe à de nombreux salons et festivals du « Carnet de voyage » et nous le retrouvons notamment en 2017 à St Etienne-les-Orgues, Carcassonne, Venise, Mestre, « Matite in Viaggio » en 2018  à : Lourmarin (84).

L’ouvrage qui l’occupe aujourd’hui est un « Carnet de voyage » qui relate son périple aux États-Unis en 2018 : Montana / Wyoming / Idaho / Dakota du Sud / Utah/ Colorado).

En 2006 il publie aux Editions « Festiv’Été » un carnet de randonnée : Le Mas- d’Agenais, aujourd’hui épuisé.

Vous pouvez retrouver notre artiste sur le site :

  • Web Blog « Aquarelle et voyages » http://chrisart.blog4ever.com
  • Facebook : « Christian Couteau et « Croquis Christian Couteau ».
  • Flickr : Chrisaqua47.

Son adresse courriel est : Christian.couteau995@remove-this.orange.remove-this.fr

Bonne promenade.

Le sculpteur Vadim Androusov (1895 - 1975)

Auteur de la biographie : Alain Glayroux

VadimAndrousov est né à Saint-Pétersbourg, le 30 août 1895, il décède à Paris le 16 septembre 1975. Il est naturalisé français en 1936.

Vadim Androusov va vivre avec ses parents en Estonie mais aussi à Kiev pour revenir à Saint-Pétersbourg, fin 1912. En 1914 son père géologue, est élu membre de l'Académie des sciences.

Au début de sa douzième année, tout en continuant les cours scolaires, Vadim Androusov commence à pétrir l'argile. La guerre de 1914-1918 l'empêche de venir étudier à Paris, ce n'est qu’en août 1920, après bien des difficultés, qu'il foule le sol de la capitale.

Après avoir été l'élève de Bourdelle à l’Académie de la Grande Chaumière, il expose à partir de 1925 aux salons d’Automne, des Indépendants, des Tuileries, des Décorateurs, etc., ainsi que dans des galeries.

Ses œuvres se trouvent dans de nombreuses collections privées ou publiques tant en France qu’à l’étranger. Le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris possède une Maternité ainsi qu’une Jeune Fille peignant sa chevelure.

La plupart des œuvres de ce sculpteur sont exécutées en terre cuite, mais il utilise également le bois, l’ivoire, la pierre, le stuc-pierre, le bronze ou la céramique.

Il est l’auteur de figures masculines et surtout féminines (baigneuses, jeunes filles à la gerbe), de bustes, de cavaliers ainsi que de panneaux de pierre gravés, hauts-reliefs et bas-reliefs (pour des cheminées, murs ou façades). Il se spécialise aussi dans l’ornement. Son travail est empreint de classicisme.

En 1930, il rencontre M. André Arbus, architecte-décorateur puis sculpteur. Vadim Androusov collabore avec ce dernier à la réalisation de mobilier jusqu’au début des années 5, ornements appliqués ou intégrés dans des meubles : piètement de lit constitué par des lions, têtes féminines pour des supports d’accotoirs, figures et masques à l’antique, fermoirs tête de Méduse ; appliques murales : les trompettes; il crée également bustes, statues et bas-reliefs.

Vadim Androusov a aussi collaboré avec de nombreux autres décorateurs tels que F. Davin, R. Pargamain ou J. Pascaud.

En 1938 il épouse dans le Lot-et-Garonne, Élisabeth Germain. De 1940 à 1945, Vadim Androusov réside dans la propriété de son beau-père où il revient régulièrement séjourner et travailler, notamment pour la réalisation de commandes pour des bâtiments publics.

C'est d'une décision des années 1950, prise par le ministère de l'Éducation nationale qui en admet le principe, qu’il ressort 1% des dépenses engagées dans la construction des établissements scolaires soit consacré à leur décoration. L'architecte départemental M. Jean Payen, pour le Lot-et-Garonne, en fut le contrôleur.

Grâce à l’appui du secrétaire d'État aux Arts et Lettres (1956-1957), M. Jacques Bordeneuve, Vadim Androusov a pu orner plusieurs bâtiments dans notre département : l'École Normale d'Agen (1958-1959) avec six grands reliefs en terre cuite : « la guitariste », « le bal masqué », « le déjeuner sur l'herbe »; le collège Georges Leygues à Villeneuve sur Lot (inauguration 19 octobre 1958) avec quatre bas-reliefs de 3m sur 2m en céramique : « Prométhée », « le Roman de Renart » ; le Lycée de Nérac (1966) avec « Sapho » statue en ciment pierre, commencée à Paris en 1964 et terminée en 1965 à « Monrepos » ; le Lycée d'Aiguillon (1965) avec le fronton de la façade Est, sculptures en pierre (haut-relief) qui évoquent les études, la science, la musique et la poésie.

Plus proche de nous, au Lycée Professionnel d'Agriculture de Fazanis, Vadim Androusov a réalisé cinq bas- reliefs en plomb qui évoquent les travaux de la terre (été 1969).

Pour le modelage et l'exécution de ces pièces, Vadim Androusov les réalise dans son atelier parisien.

Malheureusement il ne reste plus rien des œuvres de cet artiste sur les murs du Lycée de Fazanis.

Le journal La Dépêche lui consacrera de nombreux articles. Des œuvres figurent dans les musées d’Agen, d’Albi et de Toulouse (Les Augustins).

 

Nos sincères remerciements à Mme Catherine Androusov (veuve de M. Patrice Androusov) et à ses enfants qui nous ont communiqué des photos des œuvres de Vadim Androusov. Cet article leur doit beaucoup.

Il nous semble qu’il serait intéressant de proposer aux amateurs d’arts, une promenade dans le Lot-et-Garonne, pour partir à la découverte des œuvres de Vadim Androusov.

Le peintre Léon-Louis Cassel (1873 - 1961)

Auteur de la biographie : Alain Glayroux.

Léon-Louis Cassel est né à Lille (59) le 10 mai 1873. Il est le fils de Louis Cassel, peintre décorateur, et de Marie-Justine Leroux. Il décède le 30 janvier 1961 à Paris.

En octobre 1885 (1):  Il entre à l’école des Beaux-Arts de sa ville natale, où il est l’élève de Pharaon de Winter, avec comme condisciple le peintre M. Edmond Jamois. Il devient l’élève de Bonnat et de Glaize à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris (2).

Après la 1ère guerre mondiale il fixe sur ses toiles les vieilles rues pittoresques d'une petite cité (détruite entièrement par les Allemands) Dixmude (dans la région Flamande de la Belgique), mais aussi les rues et les quartiers de Montmartre à Paris.

En 1939, il quitte Paris pour se réfugier à Tonneins. Il se prend d'affection pour nos beaux paysages et surtout pour la vallée de la Garonne. Il peint : les quais, le pont, l'hôtel de ville de Tonneins. Dans sa soif de réalité, il incorpore dans sa pâte un peu de cette "lise" qui fertilise nos plaines lors des débordements de la Garonne. Puis il pousse une pointe dans le sud du département à l'orée des Landes : fermes landaises, Villefranche du Queyran. Il est également attiré par la magnifique église du XIIIème siècle de la ville de Marmande et son vieux cloître peints magnifiquement pour la postérité… (3).

Vous pouvez voir une petite partie de son œuvre dans l’Hôtel de Ville de Tonneins. 

 

(1) Extrait du journal « La voix du Nord », jeudi 2 février 1961. Journal communiqué par M. Michel Vangheluwe, Conservateur du patrimoine, Archives départementales du Nord, que nous remercions.

(2) Acte de naissance, extraits du Dictionnaire de Biographie française et du dictionnaire Benezit, aimablement communiqués par M. Michel Vangheluwe, Conservateur du patrimoine, Archives départementales du Nord. 

(3) Texte extrait du numéro spécial « 20 ans », Dessinateurs, peintres et sculpteurs en Tonneinquais, La Mémoire du Fleuve, 2012. Nos remerciements à Mme Maria-Pia Checchetti.

Le peintre Jean Aufort (1898 - 1988)

"D’outre-tombe à Rebonbon", biographie écrite par Jean Aufort, petit-fils du peintre, sous forme d'autobiographie.

C’est à bicyclette en 1949, que je découvre la campagne tonneinquaise. Mon fils, Michel, maître auxiliaire au lycée agricole de Fazanis-Tonneins, a rencontré l’amour. Il se marie en ce début juillet 1949, à Tonneins avec Jeanne Labé qui est d’une lignée de tonneinquais de longue date par son père Roger Labé.

La bicyclette m’incite aux souvenirs. Je me revois en avril 1917 avec mon vélocipède, pédaler plein d’émotions et de sens du devoir à quelques centaines de mètres du front, le long des tranchées. Estafette, je porte le courrier et la pharmacie courante à mes camarades poilus.

En pédalant, me reviennent des images d’enfance. « Né rue du Commandant Arnould, à l’ombre de la Tour Pey Berland et de la cathédrale Saint André à Bordeaux », je vis une enfance à la fois heureuse, car très aimé, et difficile. Ma mère décède lorsque j’ai 8 ans. Mon père, notaire en Limousin, est loin. Je le vois pendant les vacances que je passe dans une famille d’ouvriers à Limoges. Je leur serais fidèle jusqu’à leur mort, même si nous avions des idées différentes, ils étaient engagés à la Section Française de l’Internationale Ouvrière, (SFIO).

Elevé par mon grand-père maternel, je vis à Caudéran-Bordeaux. C’est le dessin qui me sauve de ma mélancolie. Très tôt, je suis les cours à l’Ecole Municipale des Beaux-Arts de Bordeaux.

Après l’armistice, bien que mobilisé et avec l’accord de l’armée, je réussis le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier d’Ernest Laurent, disciple de Seurat.

Démobilisé en mai 1920, je retrouve ma famille et les Beaux-Arts à Bordeaux où Paul Quinsac m’accueille dans son atelier. En 1922, j’obtiens le premier prix de peinture au concours en loge. Je deviens pensionnaire de la ville de Bordeaux avec une bourse de 3 ans pour faire mes études aux Beaux-Arts de Paris. J’épouse ma marraine de guerre Élise Maurin, à Caudéran, en mars 1923, puis nous filons par le train nous installer à Paris.

Les clés de la vie, de l’avenir, sont les hasards des rencontres et la consolidation des amitiés.

Un de mes premiers acheteurs est le Docteur Raymond Darget. Outre le prix de cette petite huile qu’il s’est offerte en 1921, et, sans le savoir encore, je vais être rémunéré d’une inestimable et longue amitié. Plus tard, je ferai le portrait du professeur d’urologie, internationalement reconnu qu’il est devenu, portrait qui se trouve à Boston aux USA. C’est grâce à lui que je rencontrerai François Mauriac.

A Paris, nous avons trouvé une location, mon épouse et moi, boulevard Raspail en plein Montparnasse. Nous sommes dans le quartier où il faut être pour vivre « ces années folles », en étant étudiant, un monde de bohême et de formidable émulation. Des peintres, des acteurs, des musiciens, des écrivains s’y rencontrent. C’est le monde de tous les « …ismes ». Le jeune couple que nous sommes, issu de la petite bourgeoisie provinciale, les côtoie, les apprécie, s’en enrichit, mais sans volonté de s’intégrer. Cet environnement culturel me stimule dans mon travail. Au Salon de peinture de Paris de 1925, je suis récompensé d’une médaille d’argent et du prix Valérie Havard.

En mai 1926, Elise met au monde notre unique fils, Michel. C’est le bonheur. Hélas mon père décède des suites de sa captivité et de ses blessures au front. C’est la fin de ma bourse d’études et du soutien financier paternel. Je m’oriente vers l’enseignement.

En 1927, je sors 1er au Concours National du Professorat de Dessin du Second Degré. Je suis nommé au Lycée de Sens dans l’Yonne puis au Lycée Janson de Sailly à Paris. Pendant les vacances, nous allons souvent chez mon beau-frère qui est viticulteur à Saint Pey de Castets, non loin de Saint Emilion et de Langon.

Cette campagne que je sillonne à vélo me ravit.

Au Salon des artistes de l’Yonne à Paris, l’Etat m’achète une « Nature Morte aux porcelaines » pour le musée Adrien Dubouché de Limoges. J’expose avec des peintres qui deviendront des amis : Burkhalter, Corlin, Montassier et Léveillé. C’est ce dernier qui me propose d’exposer régulièrement au Salon des Indépendants. Jusqu’en 1963, j’en serai sociétaire. J’expose aussi au Salon des Indépendants Bordelais.

En 1937, chez mon ami Raymond Darget, je rencontre le professeur de médecine Pierre Mauriac. Il est étonné par les similitudes de pensée et de goût que j’ai avec son frère François Mauriac. Il me conseille de le rencontrer et me fait une lettre de recommandation. Intimidé, je finis par me décider.

François Mauriac me reçoit le 11 janvier 1938 chez lui avenue Théophile Gautier à Paris. Il est intéressé par ce que je lui montre. Le carton refermé, il me dit : « Cher Monsieur, ce que j’ai vu mérite d’être montré …. Cherchez une galerie pour les exposer à Paris et j’écrirai la préface de votre catalogue ». Etre soutenu par François Mauriac donne des ailes et ouvre des portes. L’imprimerie Ducros et Colas, chère à Yves Brayer, s’engage pour mes affiches et mes cartes d’invitation. Le 17 mars 1938, c’est le vernissage à la Galerie JP Allard, 20 rue des Capucines, Paris 1er. Pour une première exposition personnelle, c’est une réussite. Beaucoup de monde. Le musée d’Orléans achète une aquarelle et deux œuvres sont acquises par l’Etat grâce à Robert Rey, inspecteur général des Beaux-Arts. La période n’est pourtant pas propice, c’est le début de l’Anschluss, préfaçant la future tragédie. François Mauriac vient en fin de journée et spontanément, car à 40 ans on a toutes les audaces, je lui propose d’illustrer son livre « Commencement d’une vie » et de faire une aquarelle de sa maison de Malagar, proche de Langon. Il accepte.

En lisant cette autobiographie de l’enfance de Mauriac, c’est étrange le sentiment que j’ai de pouvoir m’identifier à une œuvre littéraire et à un écrivain. Je vais l’illustrer à ma façon, classique et réaliste. L’apprenti illustrateur que je suis, amène à Malagar plus de 50 croquis et dessins pour que l’écrivain fasse son choix. Le couple Mauriac me reçoit très gentiment. Ils me disent venir de Tonneins où ils étaient invités par Marcel Prévost, son collègue écrivain, ingénieur des Manufactures de Tabac.

Mauriac veut me préfacer une deuxième exposition pour le lancement de son livre illustré. La galerie des frères Allard est disponible, le 17 décembre 1938, nouveau vernissage, nouveau succès, achat d’Etat de « l’Eglise de Saint Pey de Castets » attribué au Musée de Saint Nazaire. J’obtiens le prix d’encouragement aux Arts de la ville de Paris et l’Académie française me gratifie du prix Hercule Catenacci pour l’illustration du livre de « Commencement d’une vie ». Tout de suite après l’exposition, je pars à Bordeaux pour présenter le livre chez Mollat.

Cette année 1938 a été une année extraordinaire, le début d’une sincère et belle amitié avec Mauriac et un coup de cœur pour Malagar.

C’est la drôle de guerre. Je suis mobilisé le 2 septembre 1939 au service géographique de l’armée avec le caricaturiste Albert Dubout puis démobilisé le 4 août 1940.

Ce sont mes amis Darget et le professeur de médecine, Ferdinand Piéchaud, qui m’incitent à exposer à Bordeaux. Mon ami Jean Sauboa, prix de Rome et professeur au lycée Montesquieu, installent mon exposition du 19 mars au 18 avril 1941 à la galerie Goya. C’est à cette exposition que je rencontre le journaliste Louis Piéchaud qui possède un manuscrit de Francis Jammes « Rappel de la ville de Bordeaux ». Grâce à Darget, Madame Ginette Jammes, épouse du poète béarnais, donne son accord pour que j’illustre ce manuscrit ainsi que son « Roman du lièvre ». Mon ami Henri Colas me conseille d’utiliser la lithographie. Il me présente Fernand Mourlot imprimeur lithographe à la clientèle impressionnante : Picasso, Braque, Gromaire, Oudot etc. L’apprenti lithographe que je suis a de sympathiques discussions avec Picasso qui apprécie mon travail pour Francis Jammes.

Le succès de « Rappel de la ville de Bordeaux » est étonnant. Les 125 exemplaires du tirage sont vendus tout de suite. Colas et les frères Rousseau, imprimeurs à Bordeaux, sont enchantés. Je reviens exposer à la Galerie Goyat en décembre 1943. Faire ces voyages en train Paris-Bordeaux était dangereux et aléatoire. Et pendant le temps de ces deux expos, Bordeaux et ses quais sont bombardés par les alliés plusieurs fois faisant de nombreux morts.

A la Libération, quelle joie de pédaler dans les rues d’un Paris libre, ces rues aux noms parfois très explicites et parfois si mystérieux. Raymond Isay, historien d’art, accepte d’écrire quelques pages sur Paris et nous produisons « Regard sur Paris » que j’illustre de lithographies.

Avant et après la guerre, membre du comité de rédaction, je fais quelques piges dans la revue Le Dessin, revue d’art, d’éducation et d’enseignement avec Hourtic, Darras, Léon, Goulinat et Corlin. Je milite en même temps quelques années à la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), pour la valorisation et la qualité de l’enseignement du dessin et des arts dans l’Education Nationale.

En mars 1947 je fais quelques lithographies pour le livre d’Henri Colas « Châteaux de la Loire ». C’est l’occasion de faire de belles balades à vélo. En novembre de la même année, j’illustre le roman de Françis Jammes.

Fin décembre 1948 à « l’Ami des lettres » à Bordeaux, Pierre Darras, directeur des Beaux-Arts de la ville de Paris me préface une exposition.

Je consacre tout mon temps libre à la peinture, je continue d’exposer aux différents salons de l’Université et aux Indépendants. Je suis correcteur à l’Ecole Navale et examinateur avec mon ami François Desnoyer. Mes élèves de terminale et des classes préparatoires me prennent beaucoup d’énergie, mais c’est très gratifiant.

En 1963, c’est l’heure de la retraite. C’est non loin de la source des Abatilles à Arcachon que nous décidons, mon épouse et moi, de nous installer. Happé par la société des Artistes du Bassin d’Arcachon, groupement composé presque exclusivement d’amateurs, je prends goût à exposer chaque année aux manifestations organisées par la mairie. Quelques années après, je crée le cercle des peintres du bassin et je termine dans le groupe des quatre, moi-même, JP Claveau, Y. Dubos et C. Frain de la Gaulayrie. Aux vacances scolaires, je vais me ressourcer dans la campagne tonneinquaise.

Le 14 février 1965, notre fils Michel décède à 38 ans des suites d’une grippe. Une blessure toujours vive. La foi du croyant m’aide à surmonter cette épreuve. Mes pinceaux et mes crayons redoublent d’activité. Je pleure des larmes de couleurs.

Paul Guth, mon ami et collègue du Lycée Janson de Sailly, me fait une amicale préface et m’honore de sa présence au vernissage d’une exposition à Arcachon en août 1969. Et en février 1970, je fais ma troisième exposition préfacée par Mauriac à Bordeaux. Il décède à Paris le 1er septembre de la même année. J’en suis bouleversé.

A la galerie municipale d’Arcachon, j’expose chaque année avec mes amis peintres, mais il y a deux points d’orgue. En juin 1975, j’ai l’immense plaisir d’exposer avec mon cher Raymond Darget, aquarelliste de talent et d’avoir comme préfacier Jean Dutourd, un autre ami académicien. Dix ans plus tard, aidé par la municipalité et le Rotary d’Arcachon, j’ai droit à une deuxième rétrospective.

C’est fin septembre 1976, en achetant la réédition du « Journal » de François Mauriac, à la librairie Dubourg à Tonneins, et en lisant de beaux passages sur Malagar que je me décide de les illustrer. Madame Mauriac me donne son accord. C’est un important travail qui sera récompensé. Les préfaces de Claude Mauriac et de Jacques Chaban-Delmas seront un soutien. Ce livre d’art a du succès.

La campagne et les quartiers tonneinquais font partie de mes sites familiers en particulier Unet, Granjean, St Pierre. Tonneins a ce caractère rare de ville au-dessus des eaux. J’y suis toujours bien accueilli. Le Maire et son conseil municipal me permettent d’organiser une première rétrospective au centre culturel fin 1984.

Souvent, je dis à ma belle-fille et à mes deux petits enfants en parlant d’un avenir lointain, « vous verrez çà quand je serai à Rebonbon ». J’y suis, avec mon fils Michel, avec ma mère, avec mon épouse, avec ma belle-fille.

Malgré la guerre, malgré la perte de mon enfant, j’ai eu une vie riche de rencontres et d’amitiés. J’ai voulu vivre libre, sans auto, sans maison, sans marchand d’arts. J’ai eu cette capacité d’extraire le meilleur des gens, quel que soit le milieu social, ouvrier et rural de ma belle-famille, petits bourgeois bordelais, enseignants, professeurs d’Université, médecins.

Par trois fois, François Mauriac a préfacé mes expositions. C’est celle qu’il a faite quelques mois avant sa mort en 1970 qui m’a le plus touché : « Si comme le veut Amiel « un paysage est un état de l’âme », ce peintre figuratif, Jean Aufort, à travers les sites familiers qui l’ont inspiré, nous livre en réalité la part de lui-même la plus secrète, la plus cachée…. C’est qu’à travers des pays différents, c’est la même vie d’homme qui se livre. Ce qu’il a cru, ce qu’il a espéré, ce qu’il a souffert. Tous ces sites ont cela de commun qu’ils sont vides d’une présence aimée : quelqu’un n’est plus là, ne sera plus jamais là… ».

Exercice délicat que de se mettre à la place de ce peintre de la Nouvelle Aquitaine. Je me suis appuyé sur le livre de souvenirs de mon grand-père « Un grand écrivain et un peintre », qu’il a écrit à 84 ans, mais aussi sur le souvenir de nos discussions.

Il y a eu un colloque sur Mauriac à Malagar, il y a une quinzaine d’années. J’ai été invité. Jean Mauriac (qui va avoir 96 ans) le dernier fils de l’illustre écrivain demande à me voir, étant surpris de trouver sur la liste des convives un Jean Aufort. Je me présente et après quelques phrases il me dit : « Voyez cher Monsieur, dans la famille, après la mort de nos parents, pour la succession, enfants et petits-enfants, nous nous sommes très bien entendus, sauf pour une seule chose, nous nous sommes disputés les huiles et les aquarelles de Jean Aufort ».

J’ai pu m’imaginer l’immense bonheur que mon grand-père a vécu, où qu’il soit, en entendant cela...

Jean AUFORT

Le sculpteur Hugues Maurin (1925 - 2017)

Auteur de la biographie : Alain Glayroux

Hugues Maurin est né en 1925 à Tonneins. Il est le fils de Georges Maurin et de Blanche Saint Paul. Hugues Maurin décède en 2017.

Dès son plus jeune âge, Hugues Maurin, sculpte des branches, débris de bois et terre glaise. Taillées dans la matière brute, patinées par le temps, les sculptures de Hugues Maurin nous disent une histoire. Ces fossiles modernes aux volumes anthropomorphes nous parlent des hommes, de la vie, sur un ton d’éternité.

Nous avons relevé sa biographie sur son site internet.

  • 1940 : Hugues Maurin découvre l'art médiéval et précolombien.
  • 1942 : École des Beaux-Arts à Toulouse.
  • 1943 - 1944 : Entre dans la Résistance. Dès la fin de la guerre, installe son premier atelier et travaille argile, pierre et bois. 
  • 1945 : Réalise son premier monument pour la Résistance à Tonneins.
  • 1946 : Monte à Paris dans l'atelier de Monsieur de Latournerie.
  • 1947 : Exécute des ébauches pour les Charbonnages de France.
  • 1948 : Premier voyage aux États Unis, nombreux travaux d'art sacré et païen.
  • 1950 : Hugues Maurin épouse Janine Duval, lors d'un voyage en France. Il l'emmène en Amérique.
  • 1951 : Travaille avec le fils Bourdelle. Rencontre Duchamp, de Kooning et Yop Nicolas, Maître verrier hollandais.
  • 1954 : Travaux importants surtout religieux à New York et dans les États voisins.
  • 1955 : Retour définitif en France à Bordeaux.
  • 1958 : Première exposition à Bordeaux avec René Bouilly. Sculptures sur bois flottés.
  • 1960 : Travaille le fer.
  • 1961 - 1965 : Nombreuses œuvres pour les architectes Salier et Courtois.
  • 1968 - 1992 : Professeur à l'école des Beaux-Arts de Bordeaux.
  • 1968 : Sculptures monumentales à Périgueux.
  • 1970 : Travaille l'aluminium moulé qui lui ouvre de nouvelles perspectives.
  • 1979 : Atelier Rue Andronne.
  • 1987 : Première exposition commune avec Janine Maurin.
  • 1980 - 1990 : Nombreuses expositions. Œuvres en plomb démontables.

Depuis l’adressage en 2020 une rue de Tonneins porte son nom.

(Article extrait du numéro 51 de la Mémoire du Fleuve).

Le sculpteur Raoul-Eugène Lamourdedieu (1877 - 1953)

Auteur de la biographie : Alain Glayroux

 

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Raoul-Eugène Lamourdedieu est né à Fauguerolles, le 2 février 1877. Il est le fils de Charles Philippe Lamourdedieu (29 ans), chef de station à la gare de Gontaud-Fauguerolles, et de Rosalie Ruël (26 ans), sans profession.

 

La famille Lamourdedieu est originaire de Port Saint Marie depuis le XVIIème siècle. Issu d’agriculteurs, de boulangers, de voituriers, M. Charles-Philippe Lamourdedieu est comptable au chemin de fer à Port Sainte Marie puis est muté chef de gare à Fauguerolles (informations et documents mis à notre disposition par Mme Germaine Corsan et Mme Jane Corsan (décembre 2005), que nous remercions).

 

Raoul-Eugène épouse, le 15 mars 1902 à Vienne le Château (Marne), Mathilde Véber, fille mineure de feu Guillaume Véber et de Marie-Louise Braconnier. A cette époque, il est domicilié 108 rue Blomet à Paris dans le XVème arrondissement, et il est déjà sculpteur. Son frère Charles-Émile-Joseph, qui lui sert de témoin, est Chancelier du Consulat de l’Équateur.

 

Cet artiste de renommée internationale est sculpteur-graveur en médailles. Sociétaire de la Société Nationale des Beaux-Arts et du Salon d’Automne, professeur à l’École des Beaux-Arts, chevalier de la Légion d’Honneur, il est membre « du groupe de la taille » et du Salon d’Automne. Il expose dans les grandes villes d’Europe. On lui doit la médaille de Santos-Dumont et celle de l’élection du Président Poincaré, différents monuments et bustes. Le Musée d’Art Moderne de Paris (portrait de Vilié-Griffin, poète) conserve deux de ses œuvres (E. Bénézit, Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et graveurs, Tomme V, Archives Départementales 47) ainsi que les musées de Périgueux, d’Agen et de Vitré.

 

La municipalité d’Étampes a récupéré « La Pergola » réalisée pour l’exposition des arts décoratifs qui a eu lieu à Paris en 1925. Cette œuvre a remporté le grand prix international d’architecte, elle fut réalisée par un groupe d’artistes dans lequel notre sculpteur travailla aux côtés d’Ossip Zadkine, Joachim Costa, Louis Nicot, Georges Saupique.

 

Il participe à la construction du Mémorial de la Résistance de Chasseneuil sur Bonnieur en Charente, d’une hauteur de 21 mètres en forme de « V » de la Victoire.

 

Plus près de chez nous, il réalise le buste de Léopold Faye érigé en 1909 (information communiquée par Jean-Pierre Koscielniak) pour la municipalité de Marmande, rendant hommage au Ministre de l’Instruction Publique, Ministre de l’Agriculture, ainsi qu’un autre au général Brun (1913). Statues qui disparaissent durant la guerre.

 

Il sculpte aussi le Monuments aux Morts de Marmande, en marbre de Saint Béat, qui est mis en place en 1922 (cette liste n’est pas exhaustive et pour ceux qui veulent découvrir d’autres œuvres nous vous invitons à « surfer » sur le net).

Tonneins lui doit le Monument aux Morts de la Guerre de 1914-1918 (205 morts pour Tonneins sur 6230 tonneinquais au recensement de 1911).

 

C’est le 5 septembre 1919 que les élus (M. Bresson, maire) votent une somme de 5000 F pour la construction de ce monument à la mémoire des enfants de Tonneins morts pour la défense de la patrie. Un devis, adressé par notre statuaire depuis le 98 de la Rue Boileau à Paris, précise que la pierre est en « Pouillenay rose », que les statues, les maquettes coûteront 32000 F, ce qui fait avec le voyage, les déplacements, une somme de 48 000 F.

 

Les Tonneinquais, et notamment un nombre important de salariés de la Manufacture des Tabacs (1300 F) suite aux sollicitations du syndicat CGT, récoltent 27 619,35 F, auxquels viennent s’ajouter les 12 000 F de l’union des commerçants et les 9 000 F de la municipalité).

Gontaud-de-Nogaret avec 32 morts, pour une population de 1 068 personnes, lui doit aussi son monument en pierre de Lens (Bouches du Rhône).

 

Le devis mentionne qu’il faut 59 journées pour réaliser cette statue qui coûtera la somme de 12 646 F. Le transport depuis Paris se fera par le chemin de fer jusqu’à la gare de Gontaud- Fauguerolles et ensuite par la route.

 

La grille est réalisée par le forgeron du village, M. Belloc. La souscription publique (229 personnes) rapporte 8646,20 F, avec une modique subvention de l’État de 337,01 F.

 

Article extrait du numéro 51 de la Mémoire du Fleuve

Fernand Castex (1904 - 1972 )

Biographie signée Clair Morizet et Alain Glayroux

 

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Fernand Jean Castex est né le 16 novembre 1904, boulevard de la République à Agen, il décède le 28 mai 1972 à Clairac. Il est le fils de Louis Castex et de Gabrielle Malgrat, originaire de Saint-Antoine-de-Ficalba (47) ; le père étant absent, c’est la sage-femme qui déclare en mairie la naissance de l’enfant.

 

Louis Castex est grossiste, et possède un magasin de fournitures pour les boulangeries-pâtisseries. Il fabrique tout le matériel : vis sans fin en bois, tamis, etc. pour les moulins à blé. Il fait aussi l’entretien de ceux-ci et il détient le marché d’une partie de l’Aquitaine.

 

Fernand Castex fait ses études à Agen avec le futur historien Jean Caubet (1905-1999). Sa scolarité se termine à l’École pratique (aujourd’hui lycée technique), où il apprend le métier d’électricien.

 

Fernand Castex fait son service militaire au Maroc pendant la guerre du Rif (1925-1926). À son retour, c’est tout naturellement qu’il s’installe avec son père.

 

Plus tard, à Clairac, à l’occasion d’un repas chez une amie commune aux deux familles, il rencontre Charlotte Cazenille, fille d’un quincailler de la place Serres. Beaucoup de points communs et en particulier la musique, les rapprochent. Ils se marient le 3 septembre 1927.

 

Le couple aménage d’abord à Agen puis, quelques années plus tard, s’installe à Clairac.

 

Quand la guerre arrive, il est envoyé dans le Service de santé en Alsace. À la débâcle, il retourne à Clairac, et s’engage dans la Résistance aux côtés notamment de Franck Bize, Maurice Pons et de Jacques Faget.

 

Fernand Castex prépare et obtient son diplôme de radioélectricien. Il ouvre un magasin à Clairac, place Viçose, puis rue Jean-Jaurès. Enfin, à partir des années 50, il se consacre entièrement à la peinture.

 

Cet autodidacte se consacre depuis sa plus tendre enfance au fusain, à l’aquarelle, au dessin, à la peinture à l’huile, à la gouache. C’est à travers les livres qu’il peaufine sa technique. Il illustre plusieurs ouvrages de Jean Caubet, son ancien camarade d’école. Une grande amitié les lie toute leur vie.

 

Sa fille Janine Castex-Lacombe, nous dévoile un homme charmant, aimable, rêveur, et très solitaire, surtout quand il peignait.

 

Les monuments les plus fameux de Clairac font l’objet de toute son attention (Font-Grand, rue Esclopière, tour de l’Abbaye, ancien musée…), sans qu’il n’oublie des points de vue moins connus comme la rue des Sources, la tour de Pilate, la rue du Pressoir ou l’ancien pigeonnier de Longueville. Grâce à son talent, le Clairac des années 1960 reste en vie ; une vie qui apparaît souvent dans ses gravures ou peintures à travers de fines silhouettes qui traversent une rue à l’arrière-plan, ou qui s’abritent à l’ombre d’une maison à colombages. Si la plupart de ses œuvres ont Clairac pour sujet, il représente aussi nombre de sites pittoresques du département, notamment dans le recueil « Le Lot-et-Garonne à la plume ». Souvent, nous connaissons plusieurs versions de telle ou telle de ses œuvres : un dessin, une gravure, une gravure en couleurs, une illustration dans un livre. Visiblement il n’attache pas d’attention particulière à la notion d’œuvre unique ; il a la modestie de ne pas se prendre pour un « grand artiste ».

 

Il laisse une œuvre de plusieurs centaines de tableaux, ainsi que des dessins, des gravures, des esquisses qui remplissent les nombreux carnets gardés précieusement par sa fille, ou encore des galets peints. Une série de ses dessins de Clairac fut même utilisée pour décorer un service d’assiettes en faïence, aujourd’hui très recherché.

 

Le Clairacais Alexandre de Lalobbe (1848 - 1919)

Biographie et photos : Clair Morizet, président des "Amis de Clairac"

 

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C’est en septembre 1909 qu’Alexandre Canelle de Lalobbe s’installe à Clairac où il vient d’acheter le château du Sinange. Situé sur la route d’Aiguillon, ce domaine avait été notamment la propriété de deux anciennes familles clairacaises : les Sageran de Lagrange, puis les Belloc. Ancien officier reconverti dans le Trésor public – il deviendra rapidement trésorier payeur général – à la suite des blessures subies lors de la guerre de 1870 et qui finirent par lui faire perdre l’usage de son bras gauche, Alexandre de Lalobbe achève là une itinérance qui l’avait mené de Versailles (où il naquit le 11 juin 1848) à Constantinople où son père dirigeait la mission militaire française auprès de la Sublime Porte, puis au fil de ses affectations militaires ou civiles en Algérie, à Vouziers, Saint-Symphorien, Mauriac, Aubusson, Montbéliard, La Flèche, Belfort.

 

Retraité en juillet 1909, il s’installe avec plaisir deux mois plus tard dans le pays de son épouse, une terre qu’il avait adopté dès son mariage en décembre 1877. Née à Nicole, Gabrielle de Brienne était d’ascendance clairacaise et, parmi ses ancêtres, on retrouve plusieurs noms qui firent l’histoire de Clairac : Lartigue, Salomon, David, Brocas… tous ces patronymes qui sentaient la Réforme, jusqu’au retour vers le catholicisme au milieu du XVIIIe siècle. Il l’avait rencontrée dans les Pyrénées, lorsqu’il allait prendre les eaux à Cauterets et Barèges. En s’installant à Clairac où il vivra jusqu’à sa mort le 4 janvier 1919, Alexandre demande à son ami qui l’avait aidé à trouver ce bien, Marcel Durand (entrepreneur à Clairac) de transformer aussitôt une pièce inoccupée du Sinange en atelier, pour se livrer à la passion qui est la sienne depuis son enfance : la peinture.

 

C’est auprès du peintre Adolphe-Félix Cals (1810-1880) qu’il avait appris à maîtriser des talents qui lui étaient naturels. Peintre de la nature qui participa plusieurs années aux expositions impressionnistes à la demande de Monet, Cals avait épousé une cousine éloignée d’Alexandre ; c’est ainsi que la relation se noua aussi familialement qu’artistiquement, en particulier à Versailles où vivait Cals, et où Alexandre étudiait à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Mais étrangement, dans les références qu’il donne plus tard aux organisateurs du Salon des artistes français quand il y participe, Alexandre se dit le plus souvent élève d’Alexandre Rapin (1839-1889) et de Maurice Lelièvre (1848-1897) qu’il orthographie Le Liepvre.

 

De ses débuts de peintre, on connaît aujourd’hui quelques carnets de croquis, et des toiles isolées, notamment en Afrique du Nord. C’est véritablement à partir de 1880 que sa production devient plus importante, après qu’il ait quitté l’armée pour rejoindre le corps des finances et qu’il dispose d’un peu plus de temps, et surtout de la possibilité d’avoir en permanence avec lui son matériel de peintre. On suit ses déplacements à travers la France dans son œuvre, car il favorise toujours la représentation des paysages, fidèle en cela au travail impressionniste de Cals. Ceux-ci représentent près des quatre cinquièmes de son œuvre, le reste étant constitué de marines ou de natures mortes. Presque pas de portraits – si ce n’est des silhouettes familières qui apparaissent dans ses paysages ou à l’ombre d’un arbre –, et nulle peinture historique ou religieuse, même s’il est féru de l’histoire de son pays et des idées de son temps.

 

Jusqu’à son installation à Clairac, il peint « sur le motif » mais également, comme certains de ses contemporains, à partir de photographies de paysages qu’il réalise lui-même et dont il effectue de grands tirages, souvent de 40 par 50 centimètres. Dès ses premiers séjours à Nicole, il peint la campagne environnante : ainsi Le tournant du Lot : ce grand format (85 x 125 cm) représente la vallée vers l’amont – on aperçoit au loin la silhouette de Clairac et de son singulier clocher –, vue depuis Gachot, au flanc du Pech de Bère, vers le vallon de Lascombes. Il s’agit de l’une de ses toiles dans lesquelles le sentiment de la nature s’allie à une composition parfaitement maîtrisée par un homme de 36 ans. Sur la droite, les silhouettes élancées des arbres emplissent près de la moitié de la toile sans toutefois l’encombrer inutilement ; à gauche, les plans se succèdent rapidement : un chemin barre le premier plan, où les herbes sauvages et les coquelicots font un tapis frémissant, au deuxième plan, les cimes des arbres descendent en cascade vers le Lot, dont la boucle bleue conduit l’œil vers Clairac et la ligne de coteaux de l’arrière-plan. Toute la chaleur de la riche vallée s’exprime à travers de légères touches colorées qui recomposent la verte diversité des herbes, des arbres et des arbustes.

 

Comment ne pas penser à cette phrase, extraite d’une lettre en 1915 : « ce beau département, d’une si merveilleuse fertilité » ? C’est ce tableau qu’il expose en 1885 pour sa première participation au Salon des artistes français, sous le titre Le Lot, à Nicole ; si le visiteur parisien n’était pas surpris de l’incohérence topographique du titre de cette toile qu’il avait peinte pendant un séjour chez ses beaux-parents, à Nicole. Elle est d’ailleurs mentionnée dans un article du critique Élie Frébault paru dans L’Europe artiste du 17 mai 1885. On en connaît une seconde version, de dimensions supérieures, qui appartint à son cousin par alliance, Henri d’Auber de Peyrelongue.

 

Alexandre de Lalobbe exposa au Salon des artistes français presque tous les ans de 1881 à 1906, dont il devient sociétaire en 1896 ; il exposa également dans d’autres salons, comme celui de Versailles en 1889. Le lecteur attentif pourra avoir du mal à retrouver Alexandre dans les catalogues du Salon à partir 1900 : en effet, de 1900 à 1906, il exposera sous le pseudonyme de Jean de Provisy… Pour quelle raison ? le mystère reste entier, si ce n’est qu’il avait récemment perdu un jeune fils prénommé Jean ; peut-être parce qu’en cette année 1900 il accède au titre de « trésorier payeur-général » ? Dans les Ardennes, dont sa famille est originaire, les villages de Lalobbe et de Provisy ne sont éloignés que de quelques kilomètres ; ces deux toponymes nomment deux branches de la même famille : les Canelle de Lalobbe et les Canelle de Provisy ; l’épouse de Cals, sa cousine dont il est question plus haut, se nommait Ermance de Provisy, elle-même élève du peintre Léon Cogniet.

 

À partir de 1909, sa retraite prise et disposant d’une maison et d’un atelier pérenne, Alexandre voit sa carrière prendre un tournant nouveau. Oubliées les années de garnison et celles où la carrière civile l’obligeait à de fréquents déménagements auxquels veille son épouse, afin que leurs deux enfants, Marcelle et André bénéficient toujours d’un foyer agréable ; oubliés les toiles et les pinceaux qu’il faut sortir un jour et ranger le lendemain… Désormais il a en permanence son matériel sous la main, un bel atelier dans lequel il n’hésite pas à se laisser photographier. Il reste fidèle à ses fournisseurs de toiles et de couleurs, en les commandant à Paris, chez Bourgeois aîné (descendant du fournisseur du peintre Chardin, dont l’entreprise devint plus tard Lefranc & Bourgeois) pour les châssis, ou chez Tasset & Lhôte (31 rue Fontaine) pour les toiles. C’est aussi à ce dernier qu’Alexandre commande parfois ses cadres quand il souhaitait qu’ils soient plus sophistiqués que ceux qu’il faisait fabriquer, toujours sur le même modèle : un large méplat en bois sombre ciré, avec un simple biseau doré pour valoriser la toile.

 

À pied, ou sans doute dans une carriole tirée par un cheval placide, Alexandre de Lalobbe n’hésite pas à se déplacer dans Clairac et aux alentours, pour rendre compte des rues pittoresques d’un village qui a encore des allures rurales et médiévales et restituer les séduisantes lumières et couleurs de la vallée du Lot. Pendant une dizaine d’années, il peignit des toiles dans lesquelles s’exprime une palette plus libre et plus colorée que celle qui était la sienne sur les bords de la Loire, dans le Doubs ou la Creuse ; rosiers, roses trémières, coteaux sous le soleil et bords du Lot succèdent aux maisons sous la neige, bords de la Loire, études de neige et autres soirs dorés. Il représente tout autant sa propriété du Sinange, son allée et le vallon de la Calmette, que les maisons de la place du Temple, la place de l’Église, la rue des Fossés, la place de la Roque, la place Viçose ou la route de Tonneins. Et comme ses contemporains, il cède au pittoresque en proposant sa vision de la rue Esclopière et ses escaliers que l’on retrouve à la même époque sous le pinceau de Charles Laffitte, de Guillaume Alaux, de Marguerite Sagrini ou plus tard sous celui d’Henri Maurousel ou de Raymond Castex. Au cours de ses promenades, il se mêle avec plaisir aux clairacais même si, au fil de ses lettres à Marcel Durand, il confesse ne pas comprendre leur patois, lui l’homme du Nord ! Mais c’est aussi à son ami qu’il proclame fièrement : « Je soutiens qu’aristocratie ne signifie en rien une question de naissance, ce serait trop bête, mais bien la réunion des meilleurs dans toutes les classes de la société. Réfléchissez à cela, mon cher Marcel, et vous verrez que le père Lalobbe a raison ».

 

Quand il s’éloigne de Clairac, Alexandre ne va pas très loin ; il monte probablement à Laparade, pour y peindre –selon une tradition familiale – le cimetière ; en effet, parmi ses thèmes de prédilection, les majestueux cyprès dont les sombres ramures stimulent son goût de la couleur.

 

Pour Alexandre de Lalobbe, il ne s’agit ni d’une carrière – il en a déjà eu deux, l’une militaire, l’autre civile – ni de réussite – dans son milieu, celle-ci ne saurait résulter d’une « occupation » comme la peinture – ni même d’un passe-temps. C’est une véritable passion, profondément enracinée ; Eugène Canelle de Lalobbe, son père, était lui-même un dessinateur émérite, et c’est sans doute auprès de lui qu’il faut trouver l’origine de son talent. Son père était également un amateur d’art, comme il l’exprimait en 1863 dans le choix d’une copie de L’Immaculée Conception de Murillo pour surmonter l’autel de la chapelle qu’il fait construire à Constantinople pour le cimetière de Pancaldi où il a rassemblé les dépouilles des 26 000 militaires français morts durant la guerre de Crimée. Dès qu’Alexandre revient de Turquie en France en 1867, il se rapproche de Cals, et commence très vite à dessiner. Plus tard, jeune militaire en Afrique, il trouve le temps de peindre. Rendu à la vie civile, il ne cesse de peindre. Fusains et papiers, huile, pinceaux et toiles lui permettent d’exprimer le sens de la nature qui est le sien et qui s’exprime aussi dans une autre de ses passions : la photographie. Sa famille en conserve encore certaines, dont champs et forêts, vallons et ruisseaux, chiens et chevaux, bœufs et paysans sont les motifs, beaucoup plus que sa propre famille ! Et il réalise lui-même ses tirages dont il ne laisse pas le soin à un tiers.

 

Alexandre de Lalobbe garda la plupart de ses toiles, qu’il pouvait avoir plaisir à donner à ceux de ses amis qu’il estime le plus : Marcel Durand, entrepreneur clairacais qui avait construit une partie de la cimenterie de Nicole dont il avait fait la connaissance quand il venait chez ses beaux-parents ; Ferdinand de Beausobre, le « brillant causeur » qui habitait impasse du clocher ; ou encore Henry de Peyrelongue, le cousin de son épouse Gabrielle. Autre caractéristique, il signe assez rarement ses peintures.

 

Parmi ses dernières toiles datées, deux ont été peintes, respectivement le 30 décembre 1917 et le 5 janvier 1918. Visions d’hiver, avec l’allée du Sinange et la ferme de Coutant sous la neige. L’homme n’a que 70 ans, mais il est sans doute usé par ses vieilles blessures de Froeschwiller (la fameuse bataille de Reischoffen), et il est bouleversé par la guerre qui dure depuis 4 ans, face à laquelle il se sent impuissant et qui le prive de son fils André, et de son gendre, Gabriel Tramond. En octobre 1914, il écrivait à son ami Durand : « Ici, moi je me ronge d’angoisses, non pas égoïstes, mais patriotiques, comme un vieux soldat à peu près invalide. Je ne peux pas rester en place, je passe mon temps à aller et venir du Sinange à Clairac, à l’affût d’une dépêche rassurante. Je vais m’échouer chez vous et je ronge mon frein en causant avec votre femme ». Depuis l’automne 1914, il devient sédentaire car ses chevaux ont été réquisitionnés, ce dont il se plaint dans un autre courrier. Quand il peint le coteau de Seilhade, le 11 novembre 1918, il ajoute à la date le simple mot « armistice » et l’on imagine tout le bonheur qui dut être le sien en traçant ces quelques lettres. Il meurt au Sinange deux mois plus tard, le 4 janvier 1919.

 

Le visiteur du Musée numérique de l'Histoire de Tonneins sera curieux d’apprendre qu’il fut enterré à Fauillet, dans la chapelle de la famille de son épouse qui comptait des ancêtres originaires de Tonneins et Fauillet : les Massac et les Judicis.

 

Depuis bientôt un siècle, ses enfants puis petits-enfants et arrière-petits-enfants gardèrent un amour égal pour les œuvres de cet homme : au-delà de la nostalgie d’y retrouver ce qui faisait le cadre de leurs vacances entre les murs du Sinange, c’est probablement le plaisir d’y lire la pensée d’un homme qui savait rendre aussi simplement la nature avec ses pigments à l’huile, ses pinceaux et ses toiles.

 

 

Cette présentation d’une partie de l’œuvre peint d’Alexandre de Lalobbe n’aurait pu être rédigée sans le travail de récolement, d’identification, de classement, effectué par Françoise Tramond- Hallot, qui passa de très longs mois à courir la France pour dresser le catalogue raisonné des peintures et dessins de son arrière-grand-père, aidée de l’appareil photo de son époux, d’un mètre, et aussi de la patience dudit époux… Les recherches de Laurent Morizet à la bibliothèque du musée d’Orsay ont également été une aide précieuse.

 

Nous avons consacré un article sur Alexandre de Lalobbe dans le numéro 56 (2014) de la Mémoire du Fleuve.

Jacques Tronchet (1923 - 2006)

Texte et sélection des photos : Alain Glayroux

M. Jacques Tronchet (1) est né le 30 octobre 1923, rue Saint Jacques à Tonneins, et décède le 6 mars 2006, dans cette même ville. Il est le fils de Georges Tronchet et de Catherine-Lucienne Braquet.

Le fondateur de la Maison Tronchet est François, le grand-père de Jacques. Nous aurons l’occasion de consacrer un article sur ce commerce.

Jacques Tronchet  fait ses études secondaires au Lycée Bernard Palissy à Agen. C’est pendant ces années-là que ce tonneinquais s’engage très tôt dans la Résistance. Il est arrêté par la Gestapo, le 2 décembre 1943 à Toulouse et transféré à la prison Saint-Michel de cette même ville. Il appartenait au Réseau S.A.P R.4, en qualité d’Agent P.2.

Jacques Tronchet est déporté au camp de Buchenwald, matricule 43 532, où il passera plus de 18 mois, pour être libéré à la fin de la guerre.

Quand sa famille va l’accueillir à la gare de Tonneins et notamment sa sœur, c’est un jeune homme très affaibli par ces terribles années, qui arrive et qui ne pèse pas plus de 40 kg. La Médaille d’Argent de la Reconnaissance Française lui est décernée, il sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

Jacques Tronchet se destinait à l’architecture mais la vie en a décidé autrement. En effet, toutes ces années de guerre lui ont gâché sa jeunesse mais aussi son parcours professionnel, c’est donc tout naturellement qu’il revient dans l’entreprise familiale et il travaille quelques décennies au coté de son père. 

Le 26 juillet 1950 il épouse à Marmande Mme Jeanne-Henriette Laporte, qui exerce la profession de chirurgien-dentiste cours de l’Yser à Tonneins.

Depuis sa plus tendre enfance, Jacques Tronchet est passionné par la peinture et l’art sous toutes ses formes, sa sœur Mme Ginette-Marie Bernard se souvient : « … A l’âge de cinq, six ans, il construisait des villes en carton, il dessinait, et cet amour pour la peinture ne le quittera jamais… ». (2)

Il peint un très grand nombre de tableaux où nous retrouvons : le marché place du Château à Tonneins, les quais, la campagne, Saint Germain etc. Mais il portera aussi un regard sur la ville du Cap Ferret et Saissac dans l’Aude. Ce peintre figuratif a participé à l’écriture d’une partie de l’histoire de notre ville à travers ses tableaux.

 

(1) D’après les informations communiquées par Mme Ginette-Marie Bernard, sœur de M. Jacques Tronchet. Entretien réalisé en novembre 2010, grâce à Mme Dominique Garin, sa nièce, que nous remercions.
(2) Texte extrait du numéro spécial « 20 ans », Dessinateurs, peintres et sculpteurs en Tonneinquais, La Mémoire du Fleuve, 2012.

René Magrin (1925)

Biographie : Alain Glayroux

 

Rino Magrin (1), dit René, voit le jour le 19 octobre 1925 à Villa Del Conte (2) (Italie). Il est le fils de Tullio Magrin (ouvrier) et de Maria Brunoro.

 

Les parents de René Magrin (3) travaillent dans les mines du Nord de la France. Son père veut absolument que son épouse accouche dans le village de leurs ancêtres, c'est pourquoi le couple retourne en Italie.

 

Pendant quelques années Tullio travaillera la terre avec sa femme. Du bord du fleuve, la famille arrive à Villeton, aux "Barthes".

 

C'est sur cette nouvelle exploitation que René fait une lourde chute d'un pailler, il a cinq ans. Il se déboîte la hanche et la colonne vertébrale est touchée. S'en suit cinq longues années de calvaires pour lui et les siens. Après deux ans passés dans les hôpitaux bordelais, il est dirigé à Capbreton où il restera trois ans. Puis c'est la rééducation. Malheureusement, et à son grand regret, René ne peu pas aller à l'école, il ne fera que deux ans d'études.

 

C'est sur son lit d'Hôpital à Capbreton que lui vient le déclic de dessiner. René ne peu pas bouger, il voit les saisons défilées derrière la fenêtre de la chambre. Sa maman qui vient le voir régulièrement, lui porte des crayons de couleur et ils passent tout son temps à croquer la nature, dont il tombe amoureux.

 

A l’école libre de Tonneins, l’abbé Conduché, s’aperçoit très vite que deux de ses élèves, qui sont dans des classes différentes, ont un talent certain pour le dessin. Il s’agit de René Magrin mais aussi de Hugues Maurin, qui deviendra artiste international. Sous la houlette de l’abbé, les deux élèves ont pour mission d’illustrer des petites cartes de vœux, ornées de houx, de chardonnerets, à l’intention des familles dont le père est prisonnier de guerre.

 

À 14 ans, René s'en va comme apprenti coiffeur chez M. Arès dans le Cours de l'Yser, à côté se trouve le salon de Mme Dautheville, où Mme Gisèle Léberon s'initie à la coiffure.

 

Après trois ans d'apprentissage, il part à Gontaud de Nogaret, chez M. Mazières. Durant 15 ans il exerce dans cet établissement et le 25 mars 1956, René s'installe à son compte, au 108, Cours de la Marne à Tonneins.

 

Entre temps, le 31 Mai 1952, René a épousé à Tonneins, Madeleine-Jeanne Castets3, qui lui donne un garçon, Patrick.

 

Des années après et malgré les longues journées de travail (de 12 à 15 heures), René Magrin s’adonne pleinement à sa passion : la peinture. Petit à petit, il investit dans du matériel et couche sur ses toiles les paysages, les églises, les sous-bois, la Garonne, les quais et Tonneins.

 

René Magrin est très timide, il n'ose pas exposer ses tableaux, car il pense, à tort, que sa peinture n'intéresse personne. Mais c’est sans compter sur l’opiniâtreté de son épouse Madeleine (4), qui n’a de cesse de l’encourager. Lors des expositions, Madeleine, très discrète, est là en retrait pour ne pas le déranger. Cette présence rassure cet artiste peintre, qui a à son actif une centaine de tableaux.

 

 

(1) Nous avons consacré un article sur cette figure tonneinquaise, dans le n° 41 de « La Mémoire du Fleuve ».
(2) Villa Del Conte, Vénétie, Province de Padoue, 5022 habitants (Italie du Nord).
(3) Texte extrait du numéro spécial « 20 ans », Dessinateurs, peintres et sculpteurs en Tonneinquais, La Mémoire du Fleuve, 2012. 
(4) Madeleine-Jeanne Castets et née à Caudrot (Gironde), elle est la fille d'André-Gaston Castets et de Marie-Claire-Hélène Villetard.

Anselme Labarthe (1867 - 1956)

Texte et sélection des photos : Alain Glayroux

 

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Cet artiste peintre (1) est né à Verteuil d'Agenais (47), le 21 avril 1867 et décède le 10 avril 1956 à Bordeaux. Il est le fils de Joseph Labarthe, cordonnier, et de Catherine Gez.

 

M. Labarthe était un artisan local installé comme peintre en bâtiment, sa boutique était rue Gambetta (2). Il employait une dizaine de salariés et notamment M. Georges Baud (3).

 

Il partageait une passion commune avec son salarié et s'adonnait à la peinture. Anselme Labarthe avait fait les beaux arts à Paris.

 

Nous savons aussi, pour avoir trouver des dessins aux archives départementales de Lot-et-Garonne, qu'il a croqué : le pigeonnier octogonal de la faïencerie Boissières, au pont de Bergeret et la maison Dubosc dite Gardolle, avant la construction de l'école des filles de Tonneins.

 

 

(1) Texte extrait du numéro spécial « 20 ans », Dessinateurs, peintres et sculpteurs en Tonneinquais, La Mémoire du Fleuve, 2012.
(2) Actuellement Rue Maréchal Joffre.
(3) D'après les mémoires de Mme Andrée Bireau, fille aînée de M. Georges Baud. Entretien réalisé à son domicile à Puymiclan, Mars 2010.

Léon-Louis Cassel (1872 - 1961)

Texte et sélection des photos : Alain Glayroux

 

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Léon-Louis Cassel est né à Lille (59) le 10 mai 1873. Il est le fils de Louis Cassel, peintre décorateur, et de Marie-Justine Leroux. Il décède le 30 janvier 1961 à Paris.

 

En octobre 1885 (1):  Il entre à l’école des Beaux-Arts de sa ville natale, où il est l’élève de Pharaon de Winter, avec comme condisciple le peintre M. Edmond Jamois. Il devient l’élève de Bonnat et de Glaize à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris (2).

 

Après la 1ère guerre mondiale il fixe sur ses toiles les vieilles rues pittoresques d'une petite cité (détruite entièrement par les Allemands) Dixmude (dans la région Flamande de la Belgique), mais aussi les rues et les quartiers de Montmartre à Paris.

 

En 1939, il quitte Paris pour se réfugier à Tonneins. Il se prend d'affection pour nos beaux paysages et surtout pour la vallée de la Garonne (3).

 

Vous pouvez voir une petite partie de son œuvre dans l’Hôtel de Ville de Tonneins. 

 

(1) Extrait du journal « La voix du Nord », jeudi 2 février 1961. Journal communiqué par M. Michel Vangheluwe, Conservateur du patrimoine, Archives départementales du Nord, que nous remercions.
(2) Acte de naissance, extraits du Dictionnaire de Biographie française et du dictionnaire Benezit, aimablement communiqués par M. Michel Vangheluwe, Conservateur du patrimoine, Archives départementales du Nord. 
(3) Texte extrait du numéro spécial « 20 ans », Dessinateurs, peintres et sculpteurs en Tonneinquais, La Mémoire du Fleuve, 2012. Nos remerciements à Mme Maria-Pia Checchetti.

Jean Aufort (1898 - 1988)

Texte et sélection des photos : Alain Glayroux

 

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Cette semaine nous découvrirons les œuvres de cinq artistes peintres : Jean Aufort, Léon Cassel, Anselme Labarthe, René Magrin et Jacques Tronchet.

 

Le seul contemporain est une figure Tonneinquaise en la personne de René Magrin.

 

Nous avons rédigé une petite notice pour vous les présenter quotidiennement, par ordre alphabétique.

 

Chaque notice sera accompagnée de quatre tableaux de l’artiste en question.

 

Une façon pour nous de leur rendre hommage car à travers leur peinture ils ont écrit et figé une page de notre histoire Tonneinquaise.

 

Nous commençons par Jean Aufort (27/11/1898 - 11/11/1988)

 

Jean Aufort (1) est né à Bordeaux le 27 novembre 1898. Il est mort à Tonneins (où il est enterré), quelques jours avant ses 90 ans, le 11 novembre 1988.

 

En 1984, une exposition rétrospective de son œuvre avait été organisée au centre culturel de Tonneins. A cette occasion il a offert à la ville un tableau représentant l’église de Saint-Pierre, que l’on peut toujours voir à la mairie.

 

Jean Aufort épouse sa marraine de guerre, Élise Maurin.

 

Comment Jean Aufort s’est-il lié à Tonneins ?

 

Par son fils unique, Michel. Celui-ci, suivant des études d’ingénieur agricole, vient faire un stage dans le Tonneinquais. Il y rencontre Jeanne Labé, dont il tombe amoureux. Il l’épouse en 1949, devient le directeur commercial de la société Labé Matériaux, et s’installe à Tonneins : le domicile familial se trouve rue de Chantilly. Le peintre et son épouse viendront régulièrement y visiter leur fils et leur bru, puis bientôt leurs deux petits-fils, Jean né en 1950 et Gilles né en 1955.

 

Le grand tournant de la vie de Jean Aufort est sa rencontre avec François Mauriac.

 

François Mauriac, totalement séduit par sa peinture. Entre les deux hommes, c’est le début d’une amitié indéfectible. Tous deux collaboreront à plusieurs reprises, Mauriac préfaçant des expositions d’Aufort, Aufort illustrant des romans de Mauriac.

 

Dans le numéro à venir, sur l’histoire des noms des rues de Tonneins (décembre 2020), son petit fils Jean Aufort nous parlera un peu plus de ce Tonneinquais d’adoption.

 

 

(1)  Texte extrait du numéro spécial « 20 ans », Dessinateurs, peintres et sculpteurs en Tonneinquais, La Mémoire du Fleuve, 2012.  Le texte a été rédigé par son petit fils Jean Aufort et les photos des tableaux de feue Christine Caubet-Boullière.