La cigarière et poétesse Anna Laffargue (1859 - 1933)

Biographie : Annie Timbeau-Rapin. Publiée par La Mémoire du Fleuve (nº 9).

 

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Jeanne-Anna Bordes, est née le 24 juin 1859 à Tonneins et décède le 28 mai 1933 à Tonneins. Elle est la fille de Jean Bordes, cordier, et de Catherine Lavache, cordière, domiciliés rue de la Gourgue.

 

Jeanne-Anna Bordes épouse à Tonneins, Ephrem Laffargue.

 

Anna Laffargue est ouvrière à la Manufacture des Tabacs de Tonneins.

 

Madame Anna Lafargue illustre bien la longue lignée de poètes-ouvriers, qui, malgré leur frustration culturelle initiale, ou ce que l'on juge tel, ont voulu cependant témoigner de leur expérience du monde, de leurs sentiments, de leurs rêves.

 

Il n'est pas indifférent de signaler que pour elle, comme pour bien d'autres, l'expression ultime, la plus mûrie, la plus authentique, est occitane.

 

Nous publions dans ce numéro deux de ses textes (Une rue de Tonneins porte aujourd'hui son nom).

 

  • Le premier, poème en langue d'Oc, est extrait de l'ouvrage "Agenais Occitan" édité en 1978 par l'Escola Occitana d'Estiu (p. 187), 
  • Le second constituant les paroles d'une chanson rédigée en Français, nous a été transmis par Monsieur Rémy Constans, que nous remercions.

"La Marche des Cigarières"

2ème couplet

En guêtres de cuir laine,

Costumes peu coquets,

La mouilleuse avec peine,

Remplit le tourniquet,

Puis on fait le triage,

De tous les fins tissus,

Qui seront au robage,

Mélangés et reçus.

(Refrain)

 

3ème couplet

O vaillantes robeuses !

Allons dépêchez-vous,

Les feuilles sont soyeuses,

Lissez sur vos genoux,

Taillez la robe brune,

Pour le petit Tonneins.

Dont le nom fit fortune,

Dans les pays lointains

(Refrain)

 

4ème couplet

Les tabacs exotiques,

Travaillés avec art,

Des moules cylindriques,

S’échappent au hasard :

Produits de la Havane,

Blond Java, Sumatra,

Énivrez le profane,

Qui vous dégustera.

(Refrain)

 

"Los esclops de ma sor"

 

Praubes petits esclops, vos gaiti damb plaser ;

La velha de Nadau, ma sor vos escurava ;

Damb de paper d'argent, après vos pomponava

Per qu'estossetz berois quan l'Ange passaré.

Pregava Diu e s'endormiva sens saber,

Que l'ange èra près d'ela e la desabilhava,

Qu'aquela man que doçament la cocolava,

A meja nèt de dragèias vos plenharé.

Lo lendeman matin, se levava en jenguida

E cridava a ma mair : "Son plens dinc a la brida !

O ! vena-z-i gaitar, l'Ange ven de venir".

Vos portava en triomfe e l'ostau èra en hèsta,

De la praubota anuèit, es tot ço que me rèsta,

Dau bonur d'autes cops n'èi que lo sovenir.

 

 

En langue Française : "Les sabots de ma sœur"

 

Pauvres petits sabots, je vous regarde avec plaisir,

La veille de Noël, ma sœur vous nettoyait,

Avec du papier d'argent, ensuite elle vous ornait,

Pour que vous fussiez beaux quand l'Ange passerait.

Elle priait Dieu et s'endormait sans savoir,

Que l'ange fût près d'elle et la déshabillait,

Que cette main doucement la caressait,

A minuit de dragées vous emplirait.

Le lendemain matin, elle se levait éblouie,

Et criait à ma mère : Ils sont pleins jusqu'à la bride !

Oh ! Viens y regarder, l'Ange vient de venir !

Elle vous portait en triomphe et la maison était en fête.

De la pauvreté aujourd'hui, c'est tout ce qui me reste.

Du bonheur d'autrefois je n'ai qu'un souvenir.